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Trackdéchets : le guide de l’entreprise — et l’échéance du 1er septembre 2026 qui concerne tout le monde
Trackdéchets a longtemps été perçu comme l’affaire des gros producteurs et des transporteurs spécialisés. C’est terminé : au 1er septembre 2026, la tolérance du bordereau papier pour les petits producteurs disparaît — toute entreprise qui produit des déchets dangereux, même quelques bidons de solvants ou des emballages souillés, devra émettre ses bordereaux sur la plateforme, sans seuil ni exception. Ce guide pose ce qu’est Trackdéchets, qui est concerné, les cinq bordereaux et leur calendrier, le fonctionnement concret — compte, signature, registre — et ce que ça change pour les devis d’une entreprise du bâtiment ou de l’industrie.
En 30 secondes
- Trackdéchets est la plateforme d’État, gratuite, qui dématérialise les bordereaux de suivi des déchets dangereux (loi AGEC de 2020, décret n° 2021-321) : création, signature électronique et archivage des BSD, du producteur à l’installation de traitement.
- ⚡ L’échéance : au 1er septembre 2026, l’arrêté du 23 février 2026 supprime la tolérance papier des producteurs de moins de 2 tonnes par an — Trackdéchets devient obligatoire pour tous les producteurs de déchets dangereux.
- Le BTP est concerné au premier chef : peintures, solvants, aérosols, emballages souillés, bois traités, amiante — l’entreprise de travaux est productrice des déchets dangereux de ses chantiers, et responsable jusqu’à leur élimination finale (art. L. 541-2).
- Le registre national est désormais intégré : depuis le 5 mai 2025, le RNDTS (registre des déchets, terres excavées et sédiments) a fusionné dans Trackdéchets — la période de tolérance s’est achevée au 31 décembre 2025.
Sommaire du guide
Ce qu’est Trackdéchets — et pourquoi la plateforme existe
Trackdéchets est la plateforme numérique de l’État qui dématérialise la traçabilité des déchets dangereux : les bordereaux de suivi (BSD) s’y créent, s’y signent électroniquement et s’y archivent, du producteur du déchet jusqu’à l’installation qui le traite. Opérée par le ministère de la Transition écologique, elle est accessible sur trackdechets.beta.gouv.fr et son usage est gratuit.
Le socle juridique tient en deux textes : la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (loi AGEC du 10 février 2020), qui a renforcé la traçabilité des déchets, des terres excavées et des sédiments, et le décret n° 2021-321 du 25 mars 2021, qui a rendu obligatoire la dématérialisation des bordereaux via la plateforme. Le principe de fond, lui, est plus ancien : l’article L. 541-2 du Code de l’environnement rend le producteur responsable de ses déchets dangereux jusqu’à leur élimination finale — la responsabilité ne s’arrête pas quand la benne quitte le chantier.
Un point de vocabulaire utile : Trackdéchets est un outil de traçabilité, pas un outil de gestion — pas de devis, pas de facture, pas de bon de commande. Il s’interconnecte en revanche avec les logiciels métier par API, pour que les bordereaux se créent depuis votre propre système sans double saisie.
Le 1er septembre 2026 : la fin du bordereau papier pour tout le monde
C’est l’information de l’année sur le sujet, et elle arrive maintenant : l’arrêté du 23 février 2026 rend l’usage de Trackdéchets obligatoire pour l’ensemble des producteurs de déchets dangereux à compter du 1er septembre 2026, sans dérogation pour les petits producteurs.
Jusqu’ici, la règle ménageait une soupape : les producteurs de moins de 2 tonnes de déchets dangereux par an pouvaient encore utiliser le bordereau papier (CERFA 12571). Cette tolérance disparaît. Concrètement, l’artisan qui fait enlever deux fûts de solvants par an entre dans le même circuit que l’industriel : inscription sur la plateforme avec son SIRET, création du bordereau électronique à chaque enlèvement, signature électronique par le transporteur puis par l’installation de traitement.
Qui doit utiliser Trackdéchets — et pourquoi le BTP est en première ligne
Tous les acteurs de la chaîne des déchets dangereux sont concernés : producteurs, transporteurs, collecteurs-regroupeurs, négociants, courtiers, éco-organismes et installations de traitement. La question décisive pour une PME n’est donc pas « suis-je un professionnel des déchets ? » mais « mon activité produit-elle des déchets dangereux ? ».
Et dans le bâtiment comme dans l’industrie, la réponse est presque toujours oui : restes de peintures et vernis, solvants et diluants, aérosols, colles et mastics, emballages souillés par des produits dangereux, bois traités, huiles usagées, batteries, chiffons imbibés — et l’amiante, qui dispose de son bordereau propre. L’entreprise de travaux est productrice des déchets dangereux générés sur ses chantiers, et en reste responsable jusqu’à l’élimination finale, même après remise à un collecteur.
À noter : les déchets non dangereux — gravats propres, cartons, bois non traité — ne sont pas soumis au BSD obligatoire. La plateforme permet de les tracer volontairement, ce qui alimente un registre numérique fiable, mais l’obligation de bordereau vise les déchets dangereux et quelques flux spécifiques. Leur tri, lui, reste obligatoire — c’est le tri « 7 flux » (papier/carton, métal, plastique, verre, bois, fraction minérale, plâtre) et, pour la reprise des matériaux, la filière REP bâtiment.
Les 5 bordereaux — et leur calendrier de dématérialisation
Un bordereau de suivi par famille de déchets : le type de BSD dépend de la nature du flux, et chacun a basculé au numérique à sa date. Le détail du document lui-même — contenu, circuit de signature, cas particuliers — est dans notre guide du bordereau de suivi des déchets.
| Bordereau | Déchets concernés | Dématérialisation obligatoire |
|---|---|---|
| BSDD | Déchets dangereux « classiques » : peintures, solvants, huiles, emballages souillés… | 1er janvier 2022 — et pour les producteurs de moins de 2 t/an : 1er septembre 2026 |
| BSDA | Déchets d’amiante (l’entreprise de travaux est signataire du circuit) | 1er janvier 2022 |
| BSFF | Fluides frigorigènes (chauffagistes, frigoristes, climaticiens) | 1er juillet 2022, tolérance jusqu’au 1er janvier 2023 |
| BSVHU | Véhicules hors d’usage à dépolluer | 1er janvier 2024 |
| BSDASRI | Déchets de soins à risques infectieux | Courant 2026 (textes du code de la santé publique en attente) — papier CERFA toléré d’ici là |
Comment ça marche : compte, bordereau, signatures
- Le compte, rattaché au SIRETL’inscription est gratuite sur trackdechets.beta.gouv.fr : un compte établissement identifié par le SIRET, avec des profils (producteur, transporteur, installation…) et des utilisateurs rattachés. Les salariés accèdent au compte de l’entreprise — pas besoin d’un compte par chauffeur ou par chef de chantier.
- La création du bordereau, par le producteurVous initiez le BSD : nature du déchet avec son code à 6 chiffres, quantité estimée, conditionnement, transporteur et installation de destination prévus. Spécificité précieuse pour le BTP : la plateforme permet de renseigner une adresse de chantier distincte de l’adresse de l’établissement — et ce nom de chantier se retrouve ensuite dans le registre, filtrable.
- La signature à l’enlèvementLe jour de la collecte, producteur et transporteur signent électroniquement — typiquement via un code signature à quelques chiffres saisi sur le terminal du transporteur, ou depuis l’interface. En cas de contrôle routier, le transporteur présente le bordereau numérique ou son QR code : le papier n’est plus exigé.
- La réception et le traitementL’installation de destination signe la réception, puis le traitement. Le bordereau suit ses statuts — brouillon, publié, envoyé, reçu, traité — et vous voyez en temps réel où en est chaque flux : c’est la preuve, horodatée, que votre responsabilité de producteur a été correctement transférée à chaque étape.
- L’archivage, automatiqueLes bordereaux sont conservés 5 ans sur la plateforme, téléchargeables à tout moment — fini les quadruples exemplaires à classer et les CERFA perdus au moment d’un contrôle.
Le registre national, désormais intégré à la plateforme
Depuis le 5 mai 2025, le RNDTS — registre national des déchets, terres excavées et sédiments — a fusionné dans Trackdéchets : les déclarations au registre national se font sur la même plateforme que les bordereaux, la période de tolérance s’étant achevée au 31 décembre 2025.
Le principe : au-delà du bordereau qui suit chaque flux, les entreprises concernées tiennent un registre chronologique de leurs déchets et en transmettent le contenu au registre national — par saisie, par fichier ou par API. Pour les flux tracés par BSD dans Trackdéchets, la bonne nouvelle est mécanique : les bordereaux alimentent le registre automatiquement. Le détail des obligations — qui tient quoi, contenu ligne à ligne, conservation — est dans notre guide du registre des déchets.
Du chantier au devis : là où la traçabilité rejoint la gestion
La traçabilité a un coût — et ce coût doit être dans le devis : depuis la loi AGEC, les devis de travaux mentionnent la gestion des déchets (modalités d’enlèvement, installations prévues, coûts associés). Une entreprise qui trace proprement mais chiffre au doigt mouillé perd la marge que la conformité lui a coûtée.
C’est là que la chaîne se referme : les mentions déchets du devis, l’éco-participation le cas échéant, et la ligne de gestion des déchets doivent être justes à chaque devis — alors que barèmes et règles bougent chaque année.
Questions fréquentes
Trackdéchets est-il obligatoire pour une petite entreprise ?
Trackdéchets est-il payant ?
Quels déchets doivent passer par Trackdéchets ?
Une entreprise du bâtiment est-elle « producteur » de déchets ?
Comment signe-t-on un bordereau sur Trackdéchets ?
Que risque-t-on en cas de manquement à la traçabilité ?
Le RNDTS existe-t-il encore ?
Sources et références
- Loi n° 2020-105 du 10 février 2020 (loi AGEC) ; décret n° 2021-321 du 25 mars 2021 relatif à la traçabilité des déchets, terres excavées et sédiments ; arrêtés du 21 décembre 2021.
- Arrêté du 23 février 2026 : généralisation de Trackdéchets à tous les producteurs de déchets dangereux au 1er septembre 2026, suppression de la tolérance des producteurs de moins de 2 t/an.
- Code de l’environnement : art. L. 541-2 (responsabilité du producteur), R. 541-45 (bordereau de suivi), L. 541-46 (sanctions pénales).
- ecologie.gouv.fr — Traçabilité des déchets, terres excavées et sédiments : calendrier des bordereaux (BSDD/BSDA 2022, BSFF 2023, BSVHU 2024, BSDASRI courant 2026).
- trackdechets.beta.gouv.fr et faq.trackdechets.fr (ministère de la Transition écologique) : fonctionnement, signatures, regroupements, fusion RNDTS du 5 mai 2025.
- 01Au 1er septembre 2026, Trackdéchets devient obligatoire pour tous les producteurs de déchets dangereux, sans seuil — l’artisan comme l’industriel (arrêté du 23 février 2026).
- 02L’entreprise de travaux est productrice des déchets dangereux de ses chantiers et en reste responsable jusqu’à l’élimination finale — le bordereau numérique est sa preuve, archivée 5 ans.
- 03Tracer ne suffit pas : la gestion des déchets doit être chiffrée juste sur chaque devis — c’est le rôle d’un configurateur de déchets paramétré sur les normes en vigueur.
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