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DPGF : la remplir juste, et savoir ce qu’elle engage vraiment

Par Nathan Dubois · Mis à jour le 19 août 2026 · 9 min de lecture

Décomposition du prix global et forfaitaire complétée par une entreprise candidate à un marché public
v3.0Mis à jour le 19 août 2026
Historique des mises à jour

v3.0 (19/08/2026) : gabarit v3.0 + cadre juridique sourcé — article R. 2112-6 du Code de la commande publique, guide OECP des prix 2023, Conseil d’État 7 octobre 2013, CCAG Travaux art. 13.3. Section « ce que la DPGF engage » réécrite (intangibilité du forfait, contractualisation par le CCAP), tableau DPGF/BPU/DQE, méthode consolidée. v2 (janvier 2026) : réécriture complète, seuils 2026 (décrets du 29 décembre 2025), vidéo d’import.

Dans un marché à prix forfaitaire, l’entreprise s’engage sur un montant global — et la DPGF est le document qui montre comment ce montant se décompose, poste par poste. Ce que beaucoup découvrent trop tard : en principe, seules deux choses comptent juridiquement — le montant de l’acte d’engagement, et tout ce que décrit le CCTP. Chez WhySoft Group, nous éditons depuis 2004 des logiciels de gestion pour les PME du BTP qui répondent aux marchés : voici comment lire, remplir et sécuriser une décomposition du prix global et forfaitaire, dans la continuité d’un chiffrage de chantier rigoureux. Ce guide est une étape de notre parcours marchés publics BTP — du dossier de consultation au solde.

En 30 secondes

  • Quoi : la DPGF (décomposition du prix global et forfaitaire) ventile le forfait d’un marché de travaux en postes chiffrés — désignation, unité, quantité, prix unitaire. Elle fait partie des pièces financières du dossier de consultation.
  • La règle du forfait : le prix est dû « quelles que soient les quantités livrées ou exécutées » (art. R. 2112-6 du Code de la commande publique). Une erreur de quantité dans votre DPGF ne se rattrape pas en cours de chantier.
  • Sa portée : en principe, la DPGF n’est pas contractuelle — seul le montant de l’acte d’engagement l’est. Elle le devient si le marché le prévoit, et alors ses quantités vous sont opposables.
  • En pratique : elle arrive en cadre Excel imposé par l’acheteur ; le total doit coïncider au centime avec l’offre, et chaque prestation du CCTP doit s’y retrouver.
R. 2112-6le prix forfaitaire est dû quelles que soient les quantités exécutéesCode de la commande publique
1 seul montanta valeur contractuelle par principe : celui de l’acte d’engagementGuide OECP des prix, 2023
7 oct. 2013DPGF annexée à l’acte d’engagement = quantités opposables à l’entrepriseConseil d’État
100 000 € HTseuil de dispense de publicité pour les travaux depuis le 1er janvier 2026Décret n° 2025-1386 du 29/12/2025

1. Définition : la pièce qui décompose le forfait

La DPGF — décomposition du prix global et forfaitaire — est la pièce financière par laquelle l’entreprise candidate détaille, poste par poste, le prix forfaitaire de son offre dans un marché de travaux. Fournie sous forme de cadre à compléter dans le dossier de consultation, le plus souvent au format Excel, elle a l’aspect d’un devis : désignation, unité, quantité, prix unitaire, montant par ligne.

Elle sert d’abord à l’acheteur : comparer des offres sur une base homogène, vérifier la cohérence entre le prix et la proposition technique, et repérer une offre anormalement basse — un poste visiblement sous-chiffré déclenche une demande de justification. Elle sert ensuite à l’entreprise : une fois le marché attribué, c’est la référence naturelle des situations d’avancement et du suivi des coûts par poste.

La DPGF suit la trame du CCTP : chaque prestation décrite techniquement doit avoir sa traduction financière. Elle s’utilise dans les marchés publics comme dans les marchés privés à forfait — avec une différence notable : en marché public, la neutralité s’impose et le cadre ne peut orienter vers une marque ; en marché privé, le maître d’ouvrage peut prescrire des références précises.

2. La règle du prix forfaitaire : quelles que soient les quantités

Le prix forfaitaire est défini à l’article R. 2112-6 du Code de la commande publique : un prix appliqué à tout ou partie du marché « quelles que soient les quantités livrées ou exécutées ». C’est l’exact opposé du prix unitaire, appliqué aux quantités réellement exécutées.

La conséquence est brutale et symétrique. Si les quantités réelles dépassent celles de votre décomposition, vous ne pouvez pas réclamer de supplément : le forfait couvre l’ensemble des prestations décrites au CCTP. Si elles sont inférieures, l’acheteur ne peut pas — en principe — réduire le prix. Le forfait transfère le risque de quantité sur celui qui chiffre : vous.

L’erreur classiqueRecopier les quantités du cadre fourni sans les vérifier contre les plans et le CCTP. Le cadre de décomposition est une aide à la comparaison, pas une garantie : si un poste est sous-évalué dans le cadre et que vous le chiffrez tel quel, la prestation complète reste due au prix global — le CCTP prime. En forfait, une quantité fausse ne se corrige pas par une facture : elle se paie en marge.

3. Contractuelle ou pas : ce que la DPGF engage vraiment

Le principe est constant : la DPGF n’a pas, par elle-même, de valeur contractuelle. Seul le montant global porté à l’acte d’engagement — le formulaire ATTRI1 en pratique — engage les parties ; la décomposition n’a qu’une valeur informative et analytique. Le guide des prix de l’Observatoire économique de la commande publique recommande d’ailleurs aux acheteurs de ne pas contractualiser une pièce qui contient des quantités.

Mais ce principe connaît deux aménagements qui changent tout, et qui se lisent dans le règlement de consultation et le CCAP :

  1. La contractualisation expresseSi le marché donne à la DPGF une valeur contractuelle — typiquement en l’annexant à l’acte d’engagement et en la listant dans l’ordre de priorité des pièces — ses quantités deviennent opposables. Le Conseil d’État l’a jugé le 7 octobre 2013 : une entreprise engagée sur 57,20 mètres linéaires de couronnement de murets et 854,11 m² d’enduits n’en avait réalisé que 21 et 635,11 — le maître d’ouvrage était fondé à déduire du solde les prestations non réalisées. Le forfait cesse alors de vous protéger à la baisse.
  2. La clause « prix réutilisables »Le CCAP peut prévoir qu’en cas de commande supplémentaire, les prix unitaires de la DPGF serviront à rémunérer les nouvelles prestations. Vos prix de décomposition deviennent alors des prix de référence pour la suite du marché — raison de plus pour ne pas y « planquer » la marge sur deux postes et brader les autres.
Bon à savoirAvant de remettre l’offre, cherchez trois choses dans le dossier : la DPGF figure-t-elle dans la liste des pièces contractuelles du CCAP ou de l’acte d’engagement ? Une clause prévoit-elle la réutilisation de ses prix pour des commandes supplémentaires ? Le règlement de consultation impose-t-il un format de dépôt précis ? Ces trois réponses déterminent le niveau de soin — et de prudence — que mérite chaque ligne.

4. Ce que contient une DPGF, avec exemple chiffré

Le contenu type reprend, lot par lot, les postes issus du CCTP : désignation de la prestation, unité de mesure, quantité, prix unitaire hors taxes, montant de la ligne — puis le total du lot et le prix global et forfaitaire du marché, qui doit coïncider exactement avec le montant de l’acte d’engagement.

Lot / Poste Unité Quantité Prix unitaire HT Montant HT
Gros œuvre – Terrassement 120 45,00 € 5 400,00 €
Gros œuvre – Fondations 35 180,00 € 6 300,00 €
Gros œuvre – Dallage 210 38,00 € 7 980,00 €
Total lot gros œuvre (forfaitaire) 19 680,00 €

Selon le cadre fourni, la décomposition peut aussi isoler l’installation de chantier, l’hygiène et la sécurité, ou distinguer une tranche ferme et des tranches optionnelles. Deux exigences ne varient jamais : la cohérence avec le CCTP et les plans, et l’exactitude arithmétique — un total de DPGF qui ne coïncide pas avec l’offre financière fait douter de toute la copie, quand il ne rend pas l’offre irrégulière.

5. DPGF, BPU, DQE : quel document pour quel marché

Les trois documents de prix répondent à deux formes de prix distinctes : le forfait (DPGF) et le prix unitaire (BPU, accompagné du DQE pour comparer les offres). Se tromper de logique en répondant est l’une des erreurs les plus coûteuses des marchés de travaux.

Document Forme de prix Ce qu’il engage Usage type
DPGF Forfait décomposé Le montant global — quantités indicatives, sauf contractualisation Marché de travaux à prix global et forfaitaire
BPU Prix unitaires Chaque prix à l’unité, appliqué aux quantités réellement exécutées Accord-cadre à bons de commande, marché à prix unitaires
DQE Simulation chiffrée Rien — quantités estimatives servant à comparer les offres Jugement des offres d’un marché à prix unitaires

Retenez le critère : avec une réponse au BPU, vous vous engagez sur des tarifs et la facturation suit les quantités réelles ; avec une DPGF, vous vous engagez sur un montant, et les quantités sont votre affaire. Les deux se préparent de la même façon : par un déboursé sec fiable, ligne à ligne, avant coefficients.

6. Remplir une DPGF sans se piéger : la méthode

La méthode tient en cinq contrôles, dans l’ordre. Elle vaut pour le cadre Excel d’un marché public comme pour la décomposition demandée par un maître d’ouvrage privé.

  1. Confronter le cadre au CCTP et aux plansChaque prestation décrite doit avoir sa ligne ; chaque ligne douteuse se vérifie sur plan. Ce qui manque au cadre mais figure au CCTP reste dû — chiffrez-le ou signalez-le en question écrite pendant la consultation.
  2. Reprendre vos quantités, pas celles du cadreLe métré vous appartient. En forfait, c’est votre quantité qui fait votre prix — et votre risque.
  3. Chiffrer au sous-détailTemps × déboursé horaire + fournitures au prix d’achat réel, puis frais généraux et marge par coefficients. Un prix unitaire posé « au jugé » dans une DPGF contractualisée devient un engagement.
  4. Répartir la valeur honnêtementLes postes exécutés en début de chantier peuvent légitimement porter l’installation — mais un déséquilibre visible alerte l’analyste, expose à la procédure d’offre anormalement basse, et se retourne contre vous si les prix servent aux commandes supplémentaires.
  5. Contrôler l’alignement au centimeTotal DPGF = montant de l’acte d’engagement, sans écart d’arrondi. Puis respecter scrupuleusement le format imposé : depuis le 1er avril 2026, la transmission dématérialisée sur le profil d’acheteur est la règle dès 60 000 € HT pour les marchés publiés (décrets du 29 décembre 2025 ; la dispense de publicité est portée à 100 000 € HT pour les travaux).

7. Pendant le marché : situations, changements et prix nouveaux

Après l’attribution, la DPGF change de rôle : de pièce d’analyse, elle devient l’ossature du suivi financier — échéancier des factures de situation par avancement de poste, comparaison du prévu au réel, justification des écarts au décompte final.

Quand la consistance des travaux change sur ordre du maître d’œuvre, le CCAG Travaux organise la suite : les prestations prévues à la décomposition dont les prix sont contractualisés se règlent à ces prix ; les autres passent par la procédure des prix nouveaux, l’article 13.3 précisant que le prix nouveau est réputé tenir compte des charges supplémentaires supportées du fait de ces changements. Autrement dit : ce que votre DPGF a prévu proprement se négocie facilement ; ce qu’elle a ignoré se négocie sous contrainte.

Ce que nous en pensonsLa DPGF est un exercice de recopie massive — et la recopie est l’ennemie du chiffrage. C’est pourquoi nos logiciels importent le cadre Excel de l’appel d’offres directement en devis — détection intelligente des titres, ouvrages, sous-totaux et lignes vides comprise : les postes deviennent des lignes chiffrables au sous-détail, les quantités restent modifiables — chaque ligne pouvant même porter deux métrés en regard : la quantité du donneur d’ordre, conservée telle quelle, et votre métré d’entreprise annoté, si bien qu’une erreur de calcul du maître d’œuvre se documente noir sur blanc avant la remise — et le total se recale au centime sur l’acte d’engagement — y compris la règle d’arrondi, paramétrable pour concorder avec celle du maître d’œuvre. L’import garde un lien fort avec le cadre d’origine : la DPGF complétée ressort au format exact du donneur d’ordre, prête à déposer — et chaque poste se traite comme vous chiffrez, en articles, en ouvrages ou via le configurateur. À l’exécution, le même découpage sert aux situations et au suivi des coûts réels par poste dans un logiciel ERP bâtiment pensé pour les marchés. La démonstration en deux minutes :

Démonstration : l’import d’une DPGF Excel dans WHY Manager, sans ressaisie.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une DPGF dans un marché de travaux ?
La décomposition du prix global et forfaitaire : un tableau qui détaille poste par poste le forfait proposé par l’entreprise — désignation, unité, quantité, prix unitaire, montant. Elle fait partie des pièces financières du dossier de consultation et suit la trame du CCTP.
La DPGF est-elle un document contractuel ?
En principe, non : seul le montant global de l’acte d’engagement a valeur contractuelle, la décomposition n’étant qu’informative. Elle devient contractuelle si le marché le prévoit exprès — et ses quantités sont alors opposables à l’entreprise (Conseil d’État, 7 octobre 2013 : déduction du solde des prestations non réalisées).
Quelle différence entre DPGF et BPU ?
La DPGF décompose un prix forfaitaire : le montant global est dû quelles que soient les quantités exécutées. Le BPU liste des prix unitaires appliqués aux quantités réellement exécutées, typiquement dans un accord-cadre à bons de commande.
Quelle différence entre DPGF et DQE ?
Le DQE (détail quantitatif estimatif) est une simulation : mêmes prix unitaires que le BPU, appliqués à des quantités estimatives, pour permettre à l’acheteur de comparer les offres. Il n’engage pas sur un montant. La DPGF, elle, décompose un forfait ferme.
Que se passe-t-il si les quantités réelles dépassent celles de la DPGF ?
Rien pour le prix : en forfait, le montant est dû quelles que soient les quantités (art. R. 2112-6). L’entreprise ne peut pas réclamer de supplément pour des quantités sous-estimées — sauf changement ordonné dans la consistance des travaux, qui relève alors des prix nouveaux du CCAG.
Qui remplit la DPGF, et sous quel format ?
L’acheteur (ou son maître d’œuvre) fournit le cadre dans le dossier de consultation, le plus souvent en Excel ; l’entreprise candidate le complète. Le format imposé doit être respecté — et pour les marchés publiés d’au moins 60 000 € HT, le dépôt se fait par voie dématérialisée sur le profil d’acheteur depuis le 1er avril 2026.
Peut-on importer une DPGF Excel dans un logiciel de devis ?
Oui : c’est le moyen le plus sûr d’éviter les erreurs de recopie. Le cadre s’importe en devis, chaque poste se chiffre au sous-détail, le total se recale au centime sur l’offre — et la DPGF complétée ressort au format exact du donneur d’ordre. Le même découpage sert ensuite aux situations d’avancement pendant le chantier.

Sources

  1. Article R. 2112-6 du Code de la commande publique — définition des prix unitaires et forfaitaires.
  2. Guide OECP « Les prix dans les marchés publics », 2023 (chapitre 2) — formes du prix, portée de la décomposition, clause de réutilisation des prix, article 13.3 du CCAG Travaux.
  3. Conseil d’État, 7 octobre 2013 — déduction du solde des prestations non réalisées lorsque la décomposition est annexée à l’acte d’engagement.
  4. Décrets n° 2025-1383 et n° 2025-1386 du 29 décembre 2025 — seuils de la commande publique applicables en 2026.
À retenirTrois points à garder en tête
  1. 01En forfait, le prix est dû quelles que soient les quantités : l’erreur de métré est pour vous — vérifiez les quantités du cadre au lieu de les recopier.
  2. 02Par principe seul le montant de l’acte d’engagement engage ; si la DPGF est contractualisée, ses quantités deviennent opposables et ses prix peuvent servir aux commandes supplémentaires.
  3. 03Total aligné au centime, format respecté, chaque prestation du CCTP chiffrée : c’est la triple condition d’une offre régulière — et d’un chantier qui démarre sans litige.
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Et si votre prochaine DPGF s’importait au lieu de se recopier ?

Cadre Excel importé en devis, postes chiffrés au sous-détail, total aligné au centime, puis situations d’avancement sur le même découpage : voyez la chaîne complète en 30 minutes.

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Nathan Dubois

Gérant de WhySoft Group, éditeur français de logiciels de gestion pour les PME du BTP, de l'industrie et des services. Une conviction depuis 30 ans : un logiciel doit appartenir à ceux qui l'utilisent — et rester simple à vivre au quotidien.