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Bordereau de suivi des déchets (BSD) : quand il faut l’émettre, qui signe, et ce qu’il prouve

Par Arthur Gueroult · Publié le 23 août 2026 · 10 min de lecture

Le bordereau de suivi des déchets est la carte d’identité du déchet dangereux : il l’accompagne du chantier à l’installation de traitement, et chaque signature transfère une part de responsabilité — sans jamais éteindre la vôtre. Depuis 2022 il est numérique, et au 1er septembre 2026 plus aucun producteur n’échappera à sa dématérialisation. Voici quand il faut un BSD, comment se lit un code déchet, qui signe quoi — et les erreurs qui coûtent cher.

En 30 secondes

  • Le BSD est obligatoire pour tout transfert de déchets dangereux (art. R. 541-45 du Code de l’environnement) : il identifie le déchet, le producteur, le transporteur et l’installation de destination, et trace chaque étape par signature.
  • Il est numérique : les BSDD et BSDA se créent sur Trackdéchets depuis 2022 — et au 1er septembre 2026, les derniers bordereaux papier (producteurs de moins de 2 t/an) disparaissent.
  • Le déchet est identifié par son code à 6 chiffres : la nomenclature européenne classe chaque déchet, et l’astérisque signale le dangereux — c’est lui qui déclenche le bordereau.
  • Signer engage : le producteur atteste de la nature et de la quantité du déchet, et sa responsabilité court jusqu’à l’élimination finale — le bordereau archivé 5 ans est sa preuve.
Sommaire du guide
  1. Définition
  2. Quand il est obligatoire
  3. Le code déchet
  4. Le circuit
  5. Cas particuliers
  6. Erreurs
  7. FAQ

Ce qu’est le bordereau de suivi des déchets

Le bordereau de suivi des déchets (BSD) est le document réglementaire qui trace un déchet dangereux de sa production à son élimination ou sa valorisation : provenance, caractéristiques et code du déchet, identité de chaque intervenant, modalités de transport, destination et traitement final. Chaque acteur — producteur, transporteur, installation — complète et signe sa partie.

Son fondement : l’article R. 541-45 du Code de l’environnement impose un bordereau pour tout transfert de déchets dangereux, et l’article L. 541-2 fait porter au producteur la responsabilité du déchet jusqu’à son élimination finale. Le bordereau n’est donc pas une formalité de transporteur : c’est la pièce qui prouve, signature après signature, que vous avez confié votre déchet à des acteurs autorisés et qu’il a été traité correctement.

Historiquement, le BSD était le CERFA 12571 rempli en plusieurs exemplaires. Depuis le 1er janvier 2022, il se crée sur la plateforme d’État Trackdéchets — gratuite — sous forme dématérialisée, avec les mêmes rubriques que le CERFA d’origine, plus quelques fonctionnalités pensées pour le terrain, comme l’adresse de chantier distincte de l’adresse de l’établissement.

Quand un BSD est obligatoire — et quand il ne l’est pas

La règle tient en une phrase : déchet dangereux = bordereau. Peintures et vernis, solvants, aérosols, colles, emballages souillés, bois traités, huiles, batteries, chiffons imbibés, terres polluées — et l’amiante, avec son bordereau spécifique (BSDA). Les déchets non dangereux — gravats propres, cartons, bois brut — n’exigent pas de BSD, même si leur tri reste obligatoire et leur traçage volontaire possible.

Situation de chantier BSD ? Lequel
Dépose de peintures, évacuation de pots et diluants Oui BSDD
Retrait de matériaux amiantés (couverture, calorifugeage, dalles) Oui BSDA — l’entreprise de travaux est signataire
Récupération de fluides frigorigènes (clim, pompe à chaleur) Oui BSFF
Gravats inertes propres, cartons d’emballage, chutes de bois brut Non Tri 7 flux + traçage volontaire possible
Terres excavées polluées Oui BSDD (BSDA si amiante) + registre national

Attention au calendrier : la dématérialisation est obligatoire depuis le 1er janvier 2022 pour les BSDD et BSDA, depuis 2023 pour les BSFF, depuis 2024 pour les véhicules hors d’usage — et au 1er septembre 2026, l’arrêté du 23 février 2026 supprime la dernière tolérance papier, celle des producteurs de moins de 2 tonnes par an. L’échéance complète est détaillée dans notre guide Trackdéchets.

Le code déchet : six chiffres qui décident de tout

Chaque déchet est identifié par un code à six chiffres issu de la nomenclature européenne des déchets : les deux premiers désignent le chapitre d’activité (17 = construction et démolition), les deux suivants la famille, les deux derniers le déchet précis. Un astérisque à la fin signale un déchet dangereux — et c’est cet astérisque qui déclenche le bordereau.

17 09 04  → déchets de construction en mélange, non dangereux : pas de BSD
17 09 03* → déchets de construction contenant des substances dangereuses : BSD obligatoire
17 06 05* → matériaux de construction contenant de l’amiante : BSDA obligatoire

Le bon code n’est pas un détail administratif : il détermine la filière de traitement admissible, le prix de la prestation d’enlèvement, et la validité même du bordereau. Un code approximatif expose au refus du chargement par l’installation — le déchet revient, à vos frais. En cas de doute, c’est votre collecteur ou l’installation de destination qui confirme le code à utiliser, déchet par déchet.

Le circuit de signature : qui signe quoi, et quand

  1. Le producteur crée et signeVous initiez le bordereau sur Trackdéchets : code déchet, quantité estimée, conditionnement, adresse de chantier le cas échéant, transporteur et installation prévus. À l’enlèvement, vous signez — et cette signature atteste de la nature et de la quantité déclarées : lisez avant de signer, c’est votre responsabilité qui s’engage.
  2. Le transporteur signe la prise en chargeSa signature électronique — code signature saisi sur son terminal ou le vôtre — acte le transfert physique. En route, il peut présenter le bordereau numérique ou son QR code en cas de contrôle : le déchet voyage toujours avec son bordereau.
  3. L’installation signe la réception…À l’arrivée, l’installation de destination accepte le chargement (ou le refuse, partiellement ou totalement — le bordereau en garde trace) et signe la réception avec les quantités réellement pesées.
  4. … puis le traitementDernière signature : l’opération de traitement réalisée (code R pour valorisation, D pour élimination). Le bordereau passe au statut « traité » — la boucle est bouclée, votre preuve est complète, archivée 5 ans automatiquement.
Suivre ses bordereaux, c’est suivre sa responsabilitéLe tableau de bord Trackdéchets montre en temps réel le statut de chaque BSD — brouillon, publié, envoyé, reçu, traité. Un bordereau qui reste « envoyé » des semaines est un signal d’alerte : le déchet est parti, le traitement n’est pas attesté, et votre responsabilité de producteur court toujours. Le réflexe de fin de mois : vérifier qu’aucun bordereau n’est orphelin.

Les cas particuliers que le terrain rencontre vraiment

  • L’amiante (BSDA) : le bordereau dédié fait signer l’entreprise de travaux en plus du maître d’ouvrage producteur — c’est la spécificité du BTP. L’entreposage provisoire peut y être ajouté ou retiré après signature du producteur.
  • Les tournées de petites quantités (annexe 1) : un collecteur qui relève le même code déchet chez plusieurs producteurs — les bidons de peinture de dix artisans — utilise un bordereau de tournée dédiée, dont l’annexe 1 dématérialisée recueille la signature de chaque point collecté.
  • Le regroupement (annexe 2) : les bordereaux arrivant sur un centre de tri-transit-regroupement sont annexés au bordereau de regroupement qui repart vers l’exutoire final. Règle absolue : papier avec papier, numérique avec numérique — le mix n’existe pas.
  • Le refus de chargement : l’installation peut refuser tout ou partie du déchet (code non conforme, conditionnement, dépassement de CAP). Le bordereau trace le refus — et le déchet reste sous votre responsabilité jusqu’à sa nouvelle destination.
  • Le sous-traitant sur chantier : celui qui génère le déchet dangereux par ses travaux en est le producteur — la question « qui émet le BSD ? » se règle au contrat, mais la responsabilité réglementaire suit l’activité qui a produit le déchet, pas la hiérarchie du chantier.

Les erreurs qui coûtent

Signer sans lireLa signature du producteur atteste du code, de la quantité et du conditionnement. Un code erroné signé des deux mains vous appartient : refus à l’installation, retour à vos frais, requalification du transport. Trente secondes de lecture avant le code signature.
Laisser partir un déchet sans bordereau« On régularisera lundi » : non. Le déchet dangereux voyage avec son bordereau, et le transport sans BSD expose transporteur et producteur aux sanctions du Code de l’environnement — jusqu’à 150 000 € et 4 ans d’emprisonnement pour la gestion illégale (art. L. 541-46).
Confier ses déchets à un acteur non autoriséLa benne « pas chère » d’un collecteur sans récépissé ni autorisation ne vous décharge de rien : votre responsabilité court jusqu’à l’élimination finale, et c’est vous que l’administration retrouvera. Vérifiez le récépissé de transport et les autorisations de l’installation avant le premier enlèvement.
Oublier le coût dans le devisLa benne déchets dangereux, le transport ADR, le traitement au code : tout cela a un prix — et il doit être sur le devis, où la gestion des déchets est une mention attendue. Chiffrer les déchets après coup, c’est les payer sur sa marge.
Chez WHY : les déchets chiffrés dès le devis, suivis par affaireLe configurateur de déchets pré-paramétré de WHY EPM® calcule la gestion des déchets sur chaque devis selon les normes en vigueur et les obligations légales — quand la règle change, le paramétrage suit. Et dans WHY Manager®, chaque coût d’enlèvement se rattache à son affaire : le bilan de chantier dit ce que les déchets ont réellement coûté, chantier par chantier.
Ce que nous en pensonsLe BSD a mauvaise presse parce qu’on le découvre sous la contrainte — un contrôle, un refus de benne, un client public qui exige les bordereaux au DOE. Pris dans l’autre sens, c’est un outil de gestion : il dit où vont vos déchets, ce qu’ils coûtent, et il prouve votre sérieux à des donneurs d’ordre qui en font un critère. L’entreprise qui a ses bordereaux à jour et ses coûts déchets dans ses bilans d’affaire a une longueur d’avance — celle qui découvre Trackdéchets le 2 septembre en aura une de retard.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un BSD exactement ?
Le bordereau de suivi des déchets est le document réglementaire qui trace un déchet dangereux de sa production à son traitement final : identification du déchet par son code, acteurs successifs, signatures à chaque étape. Il est exigé par l’article R. 541-45 du Code de l’environnement.
Le BSD papier existe-t-il encore ?
Presque plus : la dématérialisation via Trackdéchets est obligatoire depuis 2022 (BSDD, BSDA), et l’arrêté du 23 février 2026 supprime au 1er septembre 2026 la dernière tolérance, celle des producteurs de moins de 2 tonnes par an. Seuls les DASRI conservent une tolérance papier en attendant leurs textes.
Comment trouver le bon code déchet ?
Dans la nomenclature européenne : chapitre d’activité (17 pour la construction), famille, puis déchet précis — l’astérisque final signale le dangereux. En cas de doute, votre collecteur ou l’installation de destination confirme le code : un code faux expose au refus du chargement.
Qui est responsable si le déchet est mal traité après enlèvement ?
Le producteur reste responsable jusqu’à l’élimination finale (art. L. 541-2) : confier le déchet à un tiers ne transfère pas la responsabilité. D’où l’importance de vérifier les autorisations des prestataires et de suivre les statuts des bordereaux jusqu’à « traité ».
Combien de temps conserver les bordereaux ?
Cinq ans — et sur Trackdéchets, l’archivage est automatique : les bordereaux restent téléchargeables à tout moment, ce qui règle la question des classeurs et des CERFA égarés.
Faut-il un BSD pour les gravats et les déchets non dangereux ?
Non : le bordereau obligatoire vise les déchets dangereux et quelques flux spécifiques. Les déchets non dangereux restent soumis au tri 7 flux et peuvent être tracés volontairement sur la plateforme, ce qui alimente un registre numérique propre.
Qu’est-ce que le BSDA a de particulier ?
C’est le bordereau de l’amiante : il intègre l’entreprise de travaux dans le circuit de signature aux côtés du producteur, et gère l’entreposage provisoire. Le retrait d’amiante suppose par ailleurs certifications et plan de retrait — le bordereau n’est que la partie traçabilité.

Sources et références

  1. Code de l’environnement : art. R. 541-45 (bordereau de suivi obligatoire), L. 541-2 (responsabilité du producteur jusqu’à l’élimination finale), L. 541-46 (sanctions pénales).
  2. Décret n° 2021-321 du 25 mars 2021 et arrêtés du 21 décembre 2021 : dématérialisation des bordereaux via Trackdéchets.
  3. Arrêté du 23 février 2026 : suppression de la tolérance papier des producteurs de moins de 2 t/an au 1er septembre 2026.
  4. Décision 2000/532/CE modifiée : nomenclature européenne des déchets (codes à 6 chiffres, astérisque = dangereux).
  5. faq.trackdechets.fr (ministère de la Transition écologique) : circuits de signature, annexes 1 et 2, refus, conservation 5 ans.
À retenirTrois points à garder en tête
  1. 01Déchet dangereux = bordereau : c’est l’astérisque du code à 6 chiffres qui déclenche le BSD, et le bordereau voyage toujours avec le déchet.
  2. 02Chaque signature engage : le producteur atteste du contenu, et sa responsabilité court jusqu’au statut « traité » — surveillez vos bordereaux orphelins.
  3. 03Le BSD prouve, le devis finance : la gestion des déchets se chiffre dès le devis et se suit par affaire — pas sur la marge en fin de chantier.
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Nathan Dubois

Gérant de WhySoft Group, éditeur français de logiciels de gestion pour les PME du BTP, de l'industrie et des services. Une conviction depuis 30 ans : un logiciel doit appartenir à ceux qui l'utilisent — et rester simple à vivre au quotidien.