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Sous-traitance dans le BTP : la loi de 1975, le paiement, et les obligations qui engagent le donneur d’ordre

Par Floriane Colas · Publié le 23 août 2026 · 12 min de lecture

La sous-traitance fait tourner les chantiers — et elle est l’un des terrains juridiques les plus piégeux du BTP. Un sous-traitant jamais présenté au maître d’ouvrage, une caution oubliée, une attestation de vigilance périmée : chacune de ces négligences a un prix, et il se paie parfois des années plus tard. Ce guide pose le socle — la loi du 31 décembre 1975 — puis déroule ce qui compte sur le terrain : acceptation et agrément, paiement direct et action directe, garantie de paiement, obligations de vigilance renforcées par la loi du 25 juin 2026, et autoliquidation de TVA.

En 30 secondes

  • Le socle est la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 : le sous-traitant doit être accepté par le maître d’ouvrage et ses conditions de paiement agréées — en marché public, c’est le rôle du formulaire DC4.
  • Le paiement du sous-traitant est protégé : paiement direct par le maître d’ouvrage public dès 600 €, action directe en marché privé, et garantie obligatoire (caution ou délégation de paiement) à peine de nullité du sous-traité.
  • Le donneur d’ordre a des obligations de vigilance dès 5 000 € HT : attestation URSSAF, immatriculation, liste des salariés étrangers — à la signature puis tous les 6 mois. La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 renforce le dispositif et l’étend au maître d’ouvrage.
  • Le manquement coûte très cher : solidarité financière sur les dettes fiscales et sociales du sous-traitant, majorations et annulation de vos propres exonérations en cas de travail dissimulé avéré.
Sommaire du guide
  1. Définition
  2. Acceptation et agrément
  3. Paiement
  4. Vigilance
  5. Autoliquidation
  6. Erreurs
  7. FAQ
1975la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 régit toujours toute la sous-traitance françaiseacceptation, agrément, paiement
5 000 €le seuil HT, par opération, qui déclenche les obligations de vigilance du donneur d’ordreart. L. 8222-1 et D. 8222-1 du Code du travail
600 €le seuil du paiement direct du sous-traitant par le maître d’ouvrage publicloi de 1975, art. 6
6 moisla périodicité du contrôle de vigilance, de la signature jusqu’à la fin du contratrenforcé par la loi du 25 juin 2026

Ce qu’est la sous-traitance — et qui est qui

La sous-traitance est l’opération par laquelle un entrepreneur confie, sous sa responsabilité, à une autre entreprise tout ou partie de l’exécution de son contrat d’entreprise ou de son marché (loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975, article 1er). Trois acteurs : le maître d’ouvrage (le client final), l’entrepreneur principal (titulaire du marché, donneur d’ordre de la sous-traitance) et le sous-traitant, qui exécute mais n’a pas de contrat avec le client.

Deux précisions qui évitent bien des confusions. D’abord, la sous-traitance en cascade existe : un sous-traitant de rang 1 peut lui-même sous-traiter à un rang 2, et les protections de la loi de 1975 s’appliquent à chaque étage — chaque maillon devient donneur d’ordre du suivant, avec les obligations qui vont avec. Ensuite, la sous-traitance n’est ni de la fourniture (acheter des matériaux n’est pas sous-traiter) ni du prêt de personnel : la frontière avec le prêt de main-d’œuvre illicite et le travail dissimulé est traitée dans notre guide du travail dissimulé — elle conditionne des sanctions pénales lourdes.

Acceptation et agrément : le geste que le BTP oublie le plus

Chaque sous-traitant doit être présenté au maître d’ouvrage, qui l’accepte et agrée ses conditions de paiement (loi de 1975, article 3). Sans cette double formalité, l’entrepreneur principal reste tenu envers son sous-traitant — mais il s’expose à la résiliation de son propre marché, et le sous-traitant perd l’accès aux protections de paiement de la loi.

En marché public, la présentation passe par la déclaration de sous-traitance DC4 — à l’offre ou en cours d’exécution par acte spécial — qui déclenche l’acceptation et ouvre le droit au paiement direct. En marché privé, aucune forme n’est imposée mais la pratique sérieuse est identique : présentation écrite au maître d’ouvrage, acceptation écrite en retour, avant tout démarrage. L’acceptation tacite existe en jurisprudence, mais la prouver coûte un contentieux : l’écrit coûte un mail.

Le paiement du sous-traitant : trois mécanismes de protection

La loi de 1975 organise trois protections étagées : le paiement direct en marché public, l’action directe en marché privé, et la garantie de paiement obligatoire — caution ou délégation — dont l’absence rend le sous-traité nul.

  1. Le paiement direct (marchés publics, art. 6)Dès que sa part atteint 600 €, le sous-traitant accepté est payé directement par le maître d’ouvrage public, sur la base de ses propres demandes de paiement visées par l’entrepreneur principal — et depuis la dématérialisation, il dépose lui-même ses demandes sur Chorus Pro. C’est un droit d’ordre public : on ne peut pas y renoncer par contrat.
  2. L’action directe (marchés privés, art. 12)Si l’entrepreneur principal ne paie pas, un mois après mise en demeure restée infructueuse, le sous-traitant peut réclamer son dû directement au maître d’ouvrage, dans la limite de ce que celui-ci doit encore à l’entrepreneur au moment de la copie de la mise en demeure. D’où l’importance d’agir vite : chaque situation réglée à l’entrepreneur réduit l’assiette.
  3. La garantie de paiement (art. 14)En marché privé, l’entrepreneur principal doit fournir au sous-traitant soit une caution personnelle et solidaire d’un établissement qualifié, soit une délégation de paiement du maître d’ouvrage — à peine de nullité du sous-traité, que le sous-traitant peut invoquer à tout moment, même après exécution. Un contrat de sous-traitance privé sans caution ni délégation est une bombe à retardement juridique.
Et la retenue de garantie ?Les mécanismes du marché principal se retrouvent en cascade dans le sous-traité : retenue de garantie de 5 % le cas échéant, situations d’avancement, réception et décompte final. Le sous-traité sérieux cale ses conditions de paiement sur le rythme réel du marché principal — c’est exactement ce que le maître d’ouvrage agrée à l’article 3.

Les obligations de vigilance du donneur d’ordre — renforcées en 2026

Dès qu’un contrat atteint 5 000 € HT, le donneur d’ordre doit vérifier que son sous-traitant est en règle — à la conclusion du contrat, puis tous les six mois jusqu’à la fin de la prestation (art. L. 8222-1 et D. 8222-1 du Code du travail). Le seuil s’apprécie par opération : trois bons de commande de 2 000 € rattachés au même chantier déclenchent l’obligation.

Trois documents à collecter (art. D. 8222-5) : l’attestation de vigilance URSSAF de moins de six mois — dont l’authenticité se vérifie par son code de sécurité sur urssaf.fr —, un justificatif d’immatriculation (extrait Kbis ou inscription au répertoire des métiers), et la liste nominative des salariés étrangers soumis à autorisation de travail le cas échéant. En marché public s’ajoute l’attestation de régularité fiscale délivrée par la DGFiP.

Ce qui change avec la loi du 25 juin 2026La loi n° 2026-534 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales renforce le dispositif : le devoir de vigilance est étendu au maître d’ouvrage, appelé à s’assurer de l’authenticité des attestations dans la chaîne de sous-traitance. La jurisprudence exigeait déjà une vigilance « renforcée » : vérifier la cohérence entre l’attestation et la réalité de la prestation — une attestation à zéro salarié pour un lot de gros œuvre doit alerter. Collecter le document ne suffit plus : il faut pouvoir prouver qu’on l’a vérifié et suivi dans le temps.

La sanction du manquement est la solidarité financière : si le sous-traitant est verbalisé pour travail dissimulé, le donneur d’ordre négligent paie à sa place — impôts, taxes, cotisations au prorata de la prestation, majorations de 25 à 40 %, et annulation de ses propres exonérations de charges. Le détail des mécanismes et des défenses possibles est dans notre guide du travail dissimulé.

L’autoliquidation de TVA : la règle spéciale du BTP

Depuis 2014, le sous-traitant du BTP facture hors taxe : c’est l’entrepreneur principal qui autoliquide la TVA (art. 283, 2 nonies du CGI). La facture du sous-traitant porte la mention « Autoliquidation », sans TVA — et l’erreur dans un sens comme dans l’autre coûte cher au contrôle.

Le mécanisme complet — champ d’application, mentions, cas limites entre fourniture et travaux — est traité dans notre guide de l’autoliquidation de TVA dans le BTP. À retenir ici : en marché public avec paiement direct, la case autoliquidation du DC4 doit être cochée correctement, sinon les demandes de paiement du sous-traitant seront rejetées en chaîne.

Les erreurs qui coûtent

Faire travailler un sous-traitant jamais présentéSans acceptation ni agrément, le sous-traitant n’a ni paiement direct ni action directe efficace — et l’entrepreneur principal s’expose à la résiliation de son marché. La présentation se fait avant le premier jour de travail, pas au moment de la première facture.
Signer un sous-traité privé sans caution ni délégationNullité du contrat — invocable par le sous-traitant seul, y compris des années après, avec restitutions à la clé. C’est l’article 14 de la loi de 1975, et c’est probablement la règle la plus ignorée du BTP français.
Collecter les attestations une fois, puis oublierLa vigilance est semestrielle jusqu’à la fin du contrat. Une attestation de janvier ne couvre pas un chantier qui se termine en décembre — et l’URSSAF vérifie précisément cela en cas de procès-verbal chez le sous-traitant.
Confondre sous-traitance et prêt de personnelUn « sous-traitant » dont les salariés travaillent sous vos ordres, avec votre matériel, facturés à l’heure, peut être requalifié en prêt de main-d’œuvre illicite ou marchandage — délits pénaux. La sous-traitance réelle a un ouvrage défini, un prix forfaitaire ou à l’unité, et une autonomie d’exécution.
Chez WHY : la sous-traitance tenue par affaireDans WHY Manager®, chaque contrat de sous-traitance vit dans le dossier de son affaire : les situations du sous-traitant suivent l’avancement, l’autoliquidation est gérée nativement sur les factures concernées, et les pièces — DC4, attestations de vigilance, contrats — sont rangées au dossier, dates visibles. Quand l’URSSAF ou le maître d’ouvrage demande, tout est là, classé par affaire.
Ce que nous en pensonsLa sous-traitance française repose sur une loi de 1975 que personne ne lit et que tout le monde subit. Les entreprises qui la maîtrisent en font pourtant un avantage : un sous-traitant correctement présenté, garanti et payé est un sous-traitant qui revient — et dans un BTP en tension de main-d’œuvre, la fidélité des bons sous-traitants vaut de la marge. Le préalable est administratif : des dossiers tenus, des attestations à jour, des pièces retrouvables. C’est un travail d’organisation avant d’être un travail de juriste.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la sous-traitance au sens de la loi ?
L’opération par laquelle un entrepreneur confie sous sa responsabilité à une autre entreprise tout ou partie de l’exécution de son contrat d’entreprise ou de son marché public (loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975, art. 1er). Le sous-traitant n’a pas de contrat avec le client final.
L’acceptation du sous-traitant est-elle obligatoire ?
Oui : le sous-traitant doit être accepté par le maître d’ouvrage et ses conditions de paiement agréées (art. 3). En marché public, c’est le DC4 ; en privé, un écrit avant démarrage. Sans cela, pas de paiement direct ni de protections effectives.
Qu’est-ce que le paiement direct du sous-traitant ?
En marché public, le sous-traitant accepté dont la part atteint 600 € est payé directement par le maître d’ouvrage, sur ses propres demandes de paiement — déposées sur Chorus Pro. C’est un droit d’ordre public auquel on ne peut pas renoncer.
Qu’est-ce que l’action directe ?
En marché privé, si l’entrepreneur principal ne paie pas un mois après mise en demeure, le sous-traitant réclame directement au maître d’ouvrage — dans la limite de ce que celui-ci doit encore à l’entrepreneur (art. 12).
La caution est-elle vraiment obligatoire en marché privé ?
Oui : caution personnelle et solidaire ou délégation de paiement du maître d’ouvrage, à peine de nullité du sous-traité (art. 14) — nullité que seul le sous-traitant peut invoquer, même après exécution des travaux.
Quelles vérifications le donneur d’ordre doit-il faire ?
Dès 5 000 € HT par opération : attestation de vigilance URSSAF (moins de 6 mois, authenticité vérifiée), immatriculation, liste des salariés étrangers le cas échéant — à la signature puis tous les 6 mois (L. 8222-1, D. 8222-5). La loi du 25 juin 2026 renforce le dispositif.
Le sous-traitant BTP facture-t-il la TVA ?
Non : en sous-traitance de travaux, la TVA est autoliquidée par l’entrepreneur principal (art. 283, 2 nonies du CGI). La facture du sous-traitant est hors taxe avec la mention « Autoliquidation ».

Sources et références

  1. Loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance : art. 1er (définition), 3 (acceptation et agrément), 6 (paiement direct), 12 (action directe), 14 (caution ou délégation à peine de nullité).
  2. Code du travail : art. L. 8222-1 et suivants, D. 8222-1 (seuil de 5 000 € HT), D. 8222-5 (documents de vigilance).
  3. Loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales : renforcement du devoir de vigilance, extension au maître d’ouvrage.
  4. Code général des impôts, art. 283, 2 nonies : autoliquidation de la TVA en sous-traitance de travaux.
  5. urssaf.fr et entreprendre.service-public.gouv.fr : attestation de vigilance, obligations du donneur d’ordre.
À retenirTrois points à garder en tête
  1. 01Présenter, faire accepter, faire agréer : sans l’article 3 de la loi de 1975, le sous-traitant n’a pas de protections et l’entrepreneur risque son marché.
  2. 02En privé, caution ou délégation de paiement obligatoire — sinon le sous-traité est nul, et seul le sous-traitant choisit quand l’invoquer.
  3. 03Vigilance dès 5 000 € HT, tous les 6 mois, avec vérification d’authenticité : depuis la loi du 25 juin 2026, collecter ne suffit plus, il faut prouver qu’on a vérifié.
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Nathan Dubois

Gérant de WhySoft Group, éditeur français de logiciels de gestion pour les PME du BTP, de l'industrie et des services. Une conviction depuis 30 ans : un logiciel doit appartenir à ceux qui l'utilisent — et rester simple à vivre au quotidien.