Attestation de vigilance URSSAF : l’obtenir, la vérifier, la renouveler — le guide du donneur d’ordre et du sous-traitant
C’est le document le plus demandé de la sous-traitance française — et l’un des plus mal gérés. L’attestation de vigilance prouve que votre sous-traitant est à jour de ses cotisations sociales : la collecter une fois ne suffit pas, il faut vérifier son authenticité et la renouveler tous les six mois — sous peine de payer, un jour, les dettes URSSAF d’un autre. Ce guide couvre les deux côtés du document : comment l’obtenir quand on est sous-traitant, comment la vérifier et la suivre quand on est donneur d’ordre — avec le renforcement apporté par la loi du 25 juin 2026.
En 30 secondes
- L’attestation de vigilance est délivrée par l’URSSAF (art. D. 243-15 du Code de la sécurité sociale) à l’entreprise à jour de ses cotisations — ou qui respecte un plan d’apurement. Elle s’obtient en ligne, immédiatement, sur urssaf.fr.
- Le donneur d’ordre doit l’exiger dès 5 000 € HT (par opération), à la signature puis tous les six mois jusqu’à la fin du contrat (art. L. 8222-1 et D. 8222-1 du Code du travail).
- La collecter ne suffit pas : son authenticité se vérifie par le code de sécurité sur urssaf.fr, et la jurisprudence exige de contrôler la cohérence entre l’attestation et la prestation. La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 étend cette exigence au maître d’ouvrage.
- Le manquement coûte la solidarité financière : en cas de travail dissimulé chez le sous-traitant, le donneur d’ordre négligent paie impôts, taxes et cotisations au prorata — avec majorations de 25 à 40 %.
Sommaire du guide
Ce qu’est l’attestation de vigilance
L’attestation de vigilance est le document par lequel l’URSSAF certifie qu’une entreprise est à jour de ses cotisations et contributions sociales — ou qu’elle respecte un plan d’apurement de ses dettes (art. D. 243-15 du Code de la sécurité sociale). On l’appelle aussi « attestation URSSAF » ou « attestation sociale » : c’est le même document.
Elle mentionne l’identification de l’entreprise (raison sociale, SIRET), la date d’établissement, et — point décisif pour le contrôle de cohérence — le nombre de salariés déclarés et le total des rémunérations du dernier bordereau échu. Chaque attestation porte un code de sécurité unique qui permet à quiconque la reçoit d’en vérifier l’authenticité sur urssaf.fr. Sa durée de validité est de six mois.
À quoi sert-elle ? À prouver, dans la chaîne de sous-traitance, que l’entreprise qui travaille pour vous ne fait pas travailler ses salariés au noir : c’est la pièce maîtresse du dispositif légal de lutte contre le travail dissimulé.
Qui doit la fournir — et qui doit la demander
Toute entreprise qui conclut un contrat d’au moins 5 000 € HT (fourniture, prestation de services, travaux) doit vérifier que son cocontractant s’acquitte de ses obligations sociales — c’est l’obligation de vigilance des articles L. 8222-1 et D. 8222-1 du Code du travail. Symétriquement, tout sous-traitant doit pouvoir produire son attestation dès la signature.
Le seuil de 5 000 € HT s’apprécie par opération, sur le montant global du contrat — même facturé en plusieurs fois : trois commandes de 2 000 € rattachées au même chantier déclenchent l’obligation. La jurisprudence récente l’a rappelé dans les deux sens : la cour d’appel d’Aix-en-Provence a jugé en février 2026 que l’URSSAF doit prouver que le seuil est atteint par opération pour appliquer la solidarité financière — mais à l’inverse, fractionner artificiellement les commandes ne protège pas.
L’obtenir : en ligne, immédiatement, gratuitement
- Se connecter à son espace urssaf.frL’attestation se demande depuis l’espace en ligne de l’entreprise (rubrique attestations). Pour les indépendants et auto-entrepreneurs, le service équivalent est accessible depuis leur espace dédié.
- La télécharger immédiatement — si tout est à jourSi l’entreprise est à jour de ses déclarations et paiements à la date de la demande, l’attestation est délivrée instantanément en PDF. Elle l’est aussi si un plan d’apurement a été accordé et est respecté — avoir eu une dette ne prive pas d’attestation, ne pas la traiter, si.
- En cas de refus : traiter la cause, pas le symptômeDéclaration manquante, paiement en retard, dette non négociée : le refus indique la cause. Régulariser ou demander un délai de paiement à l’URSSAF rétablit le droit à l’attestation — et évite de perdre un marché pour un document.
La vérifier côté donneur d’ordre : authenticité et cohérence
Depuis la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, collecter l’attestation ne suffit plus nulle part : le donneur d’ordre vérifie son authenticité via le code de sécurité sur urssaf.fr, et la loi étend désormais ce devoir au maître d’ouvrage, appelé à s’assurer de l’authenticité des attestations dans toute la chaîne de sous-traitance.
- Vérifier l’authenticitéChaque attestation porte un code de sécurité : saisi sur le service de vérification d’urssaf.fr, il confirme que le document a bien été délivré par l’URSSAF et qu’il correspond à l’entreprise indiquée. Les fausses attestations existent — et une attestation falsifiée non détectée n’exonère pas le donneur d’ordre qui ne l’a pas vérifiée.
- Contrôler la cohérenceLa Cour de cassation exige une vigilance réelle, pas un classement de PDF : le nombre de salariés et la masse salariale figurant sur l’attestation doivent être cohérents avec la prestation commandée. Une attestation à zéro salarié pour un lot de gros œuvre à six compagnons doit déclencher des questions — par écrit.
- Tracer la vérificationEn cas de contrôle, c’est au donneur d’ordre de prouver qu’il a vérifié : conserver l’attestation, la capture ou le résultat de la vérification du code, et la date — pour chaque échéance semestrielle, pour chaque sous-traitant, pour chaque affaire.
Le renouvellement semestriel : le piège n° 1
La vérification n’est pas ponctuelle : elle court de la conclusion du contrat jusqu’à la fin de son exécution, tous les six mois (art. L. 8222-1). Une attestation collectée en janvier ne couvre pas un chantier qui se termine en décembre : il en faut une nouvelle en juillet.
C’est très exactement là que les dossiers tombent : l’attestation initiale est presque toujours au dossier, la deuxième presque jamais. Sur un chantier de dix-huit mois avec quatre sous-traitants, ce sont douze attestations à collecter, vérifier et classer — et l’URSSAF, quand elle verbalise un sous-traitant, remonte systématiquement la chaîne des donneurs d’ordre en demandant les attestations de chaque semestre.
Les 3 documents de la vigilance — l’attestation n’est pas seule
L’article D. 8222-5 du Code du travail exige trois pièces du sous-traitant établi en France : l’attestation de vigilance de moins de six mois, un justificatif d’immatriculation, et le cas échéant la liste nominative des salariés étrangers soumis à autorisation de travail.
| Document | Ce qu’il prouve | Fraîcheur exigée |
|---|---|---|
| Attestation de vigilance URSSAF | Cotisations sociales à jour (ou plan d’apurement respecté) | Moins de 6 mois — renouvelée à chaque semestre du contrat |
| Extrait Kbis, ou inscription au répertoire des métiers, ou devis/document commercial mentionnant les identifiants légaux | Immatriculation régulière de l’entreprise | Récent (usage : moins de 3 mois pour le Kbis) |
| Liste nominative des salariés étrangers soumis à autorisation de travail | Régularité de l’emploi des travailleurs étrangers (nom, date d’embauche, nationalité, type et numéro d’autorisation) | À la conclusion puis tous les 6 mois |
En marché public s’ajoutent l’attestation de régularité fiscale et, pour la présentation d’un sous-traitant, le formulaire DC4 — le circuit complet est décrit dans notre guide de la sous-traitance BTP.
Les sanctions : la solidarité financière
Le donneur d’ordre qui n’a pas procédé aux vérifications est tenu solidairement des dettes de son sous-traitant verbalisé pour travail dissimulé : impôts, taxes et cotisations sociales, au prorata de la valeur des travaux confiés — majorés de 25 à 40 % — et il perd ses propres exonérations et réductions de charges sur la période.
Le mécanisme, ses conditions et les moyens de défense sont détaillés dans notre guide du travail dissimulé. À retenir ici : la solidarité ne suppose aucune complicité — la simple négligence documentaire suffit. L’attestation manquante d’un semestre coûte potentiellement les dettes URSSAF de ce semestre.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’attestation de vigilance URSSAF ?
Quand l’attestation de vigilance est-elle obligatoire ?
Comment obtenir son attestation de vigilance ?
Quelle est la durée de validité de l’attestation ?
Comment vérifier l’authenticité d’une attestation ?
L’URSSAF peut-elle refuser l’attestation ?
Que risque le donneur d’ordre sans attestation ?
Sources et références
- Code de la sécurité sociale, art. D. 243-15 : conditions de délivrance et contenu de l’attestation de vigilance.
- Code du travail : art. L. 8222-1 (obligation de vigilance semestrielle), D. 8222-1 (seuil de 5 000 € HT), D. 8222-5 (les trois documents exigés).
- Loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales : renforcement du devoir de vigilance et extension au maître d’ouvrage.
- CA Aix-en-Provence, 27 février 2026 : le seuil de 5 000 € HT s’apprécie opération par opération pour la solidarité financière.
- urssaf.fr : délivrance en ligne, service de vérification du code de sécurité.
- 01Dès 5 000 € HT par opération : attestation à la signature, puis tous les six mois jusqu’à la fin du contrat — le semestre oublié est le manquement n° 1.
- 02Collecter ne suffit pas : vérifier l’authenticité par le code de sécurité et la cohérence salariés/prestation — exigence étendue par la loi du 25 juin 2026.
- 03La sanction est la solidarité financière : les dettes fiscales et sociales du sous-traitant, majorées de 25 à 40 % — sans qu’aucune complicité ne soit nécessaire.
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