Résumer cet article avec :ChatGPTPerplexityClaudeGemini

AccueilBlog › RH & paie BTP

Prime d’ancienneté dans le BTP : ce qui existe vraiment, et ce qui n’existe pas

Par Marie Havet · Mis à jour le 5 septembre 2026 · 11 min de lecture

Ancienneté des salariés du BTP : droits conventionnels et gestion en paie
v2.0Publié le 24 février 2021 · refonte complète le 5 septembre 2026
Ce qui a changé dans cette version
Refonte complète après vérification des textes conventionnels. Correction de deux erreurs de la version précédente : les seuils de 5 et 10 ans étaient attribués aux ouvriers alors qu’ils concernent les ETAM et les cadres, et la formule légale de l’indemnité de licenciement était présentée comme une « prime d’ancienneté construction ». Ajout du barème par catégorie avec les textes de référence, de la distinction entre indemnité (ouvriers du bâtiment) et jours de congés (ouvriers TP, ETAM, cadres), du rôle des caisses CIBTP dans la portabilité de l’ancienneté, et des règles à respecter pour instituer une prime dans son entreprise.

C’est l’une des questions les plus mal renseignées de la paie du bâtiment, et elle revient à chaque entretien annuel : « et ma prime d’ancienneté ? ». La réponse tient en une phrase, mais elle surprend des deux côtés du bureau — il n’existe aucune prime d’ancienneté conventionnelle obligatoire dans le BTP. Ce qui existe, en revanche, c’est une série de droits attachés à l’ancienneté, différents selon que le salarié est ouvrier du bâtiment, ouvrier des travaux publics, ETAM ou cadre — et beaucoup de dirigeants les appliquent de travers. Chez WhySoft Group, éditeur français de logiciels de gestion pour les PME du BTP, nous voyons régulièrement les deux erreurs symétriques : celle qui prive un salarié d’un droit acquis, et celle qui verse une prime qu’on ne pourra plus retirer.

En 30 secondes

  • Aucune prime d’ancienneté obligatoire dans les six conventions collectives du BTP, contrairement à la métallurgie. Le Code du travail n’en impose aucune non plus.
  • Ouvriers du bâtiment : pas de jours de repos, mais une indemnité versée par la caisse CIBTP — équivalente à 2 jours à 20 ans d’ancienneté, 4 jours à 25 ans, 6 jours à 30 ans.
  • Ouvriers des TP, ETAM et cadres : de véritables jours de congés supplémentaires, avec des seuils très différents selon la catégorie.
  • Si vous instituez une prime chez vous, elle devient un usage que vous ne pourrez supprimer qu’en respectant une procédure de dénonciation.

1. La réponse en clair : la prime d’ancienneté BTP n’existe pas

Le Code du travail ne prévoit aucune prime d’ancienneté. Une telle prime n’est obligatoire que si elle résulte d’une convention collective, d’un accord d’entreprise, du contrat de travail ou d’un usage. Or aucune des conventions collectives du BTP n’en institue : ni les ouvriers du bâtiment (IDCC 1596 pour les entreprises jusqu’à 10 salariés, 1597 au-delà), ni les ouvriers des travaux publics (IDCC 1702), ni les ETAM (IDCC 2609 bâtiment, 2614 TP), ni les cadres (IDCC 2420 bâtiment, 3212 TP).

La confusion vient de deux sources. D’abord de la comparaison avec la métallurgie, où une prime d’ancienneté en pourcentage existe bel et bien : beaucoup de barèmes « 2 % tous les trois ans » circulent sur le web attribués au BTP, alors qu’ils n’y ont aucun fondement. Ensuite du vocabulaire : les textes du bâtiment parlent d’« indemnité » et de « congés d’ancienneté », ce que l’on résume abusivement en « prime ».

Ce qu’il ne faut pas faireRecopier un barème de prime d’ancienneté trouvé en ligne et l’appliquer « parce que c’est la convention ». Si vous versez une prime pendant plusieurs années de façon constante, générale et fixe, elle devient un usage d’entreprise — et vous ne pourrez plus l’arrêter sans une procédure formelle de dénonciation.

2. Ce que l’ancienneté ouvre réellement, catégorie par catégorie

Le BTP compte six conventions collectives, selon le statut (ouvrier, ETAM, cadre), le sous-secteur (bâtiment ou travaux publics) et, pour les ouvriers du bâtiment, la taille de l’entreprise. L’IDCC figure obligatoirement sur le bulletin de paie : c’est lui qui tranche, pas l’intitulé du poste.

Catégorie IDCC Prime d’ancienneté Droit lié à l’ancienneté
Ouvriers du bâtiment 1596 (≤10 sal.) et 1597 (>10 sal.) Aucune Indemnité versée par la CIBTP : 2 jours à 20 ans, 4 à 25 ans, 6 à 30 ans
Ouvriers des travaux publics 1702 Aucune Jours de congés : 2 à 20 ans, 4 à 25 ans, 6 à 30 ans
ETAM du bâtiment 2609 Aucune 2 jours ouvrables à plus de 5 ans, 3 jours à plus de 10 ans
ETAM des travaux publics 2614 Aucune Mêmes seuils que les ETAM du bâtiment
Cadres du bâtiment 2420 Aucune 2 jours à plus de 5 ans, 3 jours à partir de 10 ans
Cadres des travaux publics 3212 Aucune Mêmes seuils que les cadres du bâtiment
Attention aux conventions cadresLes conventions collectives des cadres du bâtiment (IDCC 2420) et des travaux publics (IDCC 3212) ne sont pas étendues : elles ne s’imposent qu’aux entreprises adhérentes des organisations patronales signataires. Les autres relèvent du droit commun pour leurs cadres.

3. Ouvriers du bâtiment : une indemnité, pas des jours de repos

C’est la spécificité la plus mal expliquée du secteur. Contrairement à toutes les autres catégories, l’ouvrier du bâtiment ne prend pas de jours de congés d’ancienneté : il perçoit une indemnité équivalente, versée par sa caisse de congés payés. L’article 5.24 de la convention collective des ouvriers du bâtiment du 8 octobre 1990 la fixe à l’équivalent de 2 jours de congé pour 20 ans de services, continus ou non, dans la même entreprise, 4 jours pour 25 ans et 6 jours pour 30 ans.

20 ansouvre l’équivalent de 2 joursArt. 5.24, CCN ouvriers bâtiment
25 ansouvre l’équivalent de 4 joursArt. 5.24, CCN ouvriers bâtiment
30 ansouvre l’équivalent de 6 joursArt. 5.24, CCN ouvriers bâtiment
30 %prime de vacances, toutes catégoriesSur l’indemnité de 24 jours ouvrables

Deux conséquences pratiques. La première : un ouvrier du bâtiment qui réclame « ses jours d’ancienneté » se trompe de catégorie — il a droit à une somme, pas à du repos. La seconde : cette indemnité étant versée par la caisse, elle n’apparaît pas dans votre paie, ce qui ne vous dispense pas de savoir qu’elle existe quand le sujet arrive en entretien.

À ne pas confondre avec la prime de vacances, elle aussi versée par la caisse : elle représente 30 % de l’indemnité de congé correspondant à 24 jours ouvrables, et suppose un volume d’heures travaillées sur la période de référence du 1er avril au 31 mars — seuil abaissé pour les horaires collectifs de 35 heures, et maintenu si la maladie a empêché de l’atteindre.

4. Travaux publics, ETAM et cadres : de vrais jours de congés

Les ouvriers des travaux publics bénéficient, eux, de jours de congés supplémentaires — mêmes seuils que l’indemnité du bâtiment (2 jours à 20 ans, 4 à 25 ans, 6 à 30 ans), mais sous forme de repos, indemnisés par la caisse, à prendre en cours d’année sans être accolés au congé principal. La présence s’apprécie au 31 mars.

Les ETAM et les cadres relèvent d’une logique différente et bien plus accessible : 2 jours ouvrables au-delà de 5 ans d’ancienneté dans l’entreprise, 3 jours au-delà de 10 ans. Ces mêmes droits s’ouvrent respectivement à 10 et 20 ans d’ancienneté lorsqu’elle a été acquise dans plusieurs entreprises relevant d’une caisse de congés du BTP — c’est le point suivant, et il change beaucoup de choses.

L’erreur de barème la plus fréquenteAppliquer aux ouvriers les seuils de 5 et 10 ans, qui sont ceux des ETAM et des cadres. Pour un ouvrier, le premier palier est à 20 ans. C’est une différence de quinze années, et elle se retrouve dans beaucoup d’articles en ligne — y compris, jusqu’à aujourd’hui, dans la version précédente de cette page.

5. Ce que l’ancienneté change au départ du salarié

C’est là que l’ancienneté pèse le plus lourd financièrement, et la règle est simple : l’employeur calcule l’indemnité légale et l’indemnité conventionnelle, puis verse la plus favorable au salarié. Pour les ouvriers, l’indemnité légale l’emporte presque toujours ; pour les cadres, c’est l’inverse.

Catégorie Indemnité de licenciement conventionnelle Plafond
Ouvriers (bâtiment et TP) 1/10 de mois par année de 2 à 5 ans ; 3/20 de mois par année depuis la première année au-delà de 5 ans ; majoration de 1/20 au-delà de 15 ans
ETAM (bâtiment et TP) 2,5/10 de mois par année de 2 à 15 ans ; 3,5/10 au-delà de 15 ans 10 mois
Cadres (bâtiment et TP) 3/10 de mois par année de 2 à 10 ans ; 6/10 au-delà de 10 ans 15 mois

Deux compléments méritent d’être connus. Les conventions des ouvriers des TP, des ETAM et des cadres prévoient une majoration de 10 % pour les salariés de plus de 55 ans. Et côté travaux publics, un complément forfaitaire s’ajoute en cas de licenciement économique.

Pour le départ à la retraite, les ETAM et les cadres relèvent d’un barème conventionnel (de l’ordre de 1,5/10 de mois par année jusqu’à 10 ans, puis 3/10 au-delà, dans la limite de 8 mois). Les ouvriers du bâtiment relèvent d’un mécanisme différent : leur indemnité de fin de carrière est versée par le régime de prévoyance de la branche et se calcule sur la durée d’affiliation à ce régime, tous employeurs BTP confondus — ce qui ne pénalise pas les carrières faites de plusieurs entreprises.

6. Ancienneté dans l’entreprise ou dans la profession ?

Le BTP est l’un des rares secteurs où l’ancienneté peut se compter hors de votre entreprise. Les seuils longs des ETAM et des cadres se lisent en deux versions : 5 ans dans l’entreprise, ou 10 ans dans une ou plusieurs entreprises relevant d’une caisse de congés du BTP. C’est la conséquence directe du système des caisses.

Le réseau CIBTP mutualise les congés payés du secteur : l’employeur cotise sur sa masse salariale, la caisse verse les indemnités de congé, la prime de vacances et les droits d’ancienneté. Les droits sont attachés au salarié, pas à l’entreprise — un compagnon qui change d’employeur dans le bâtiment ne repart pas de zéro.

Pour un dirigeant, cela se lit dans les deux sens. À l’embauche, un candidat peut arriver avec des droits d’ancienneté déjà ouverts, qu’il faut savoir reconstituer. Et à l’inverse, l’argument « vous perdrez votre ancienneté si vous partez » ne tient pas : dans le BTP, il est largement faux.

Ce qu’il faut tenir à jourLa date d’entrée, la catégorie et l’IDCC de chaque salarié, et la trace des périodes travaillées dans d’autres entreprises du BTP quand elles sont invoquées. C’est le même travail de dossier salarié que le suivi de la carte BTP ou des heures supplémentaires — et il repose sur les mêmes données que la saisie d’activité qui alimente déjà votre paie.

7. Vous voulez quand même instituer une prime d’ancienneté

Rien ne l’interdit, et cela peut être un bon outil de fidélisation dans un secteur en tension de recrutement. Mais une prime d’ancienneté instituée volontairement engage durablement l’entreprise : il vaut mieux la construire correctement dès le départ que la subir ensuite.

  • Écrivez la règle. Un accord d’entreprise ou une décision unilatérale écrite vaut mieux qu’un versement au fil de l’eau qui deviendra un usage sans que vous l’ayez décidé.
  • Définissez l’assiette et les paliers. Pourcentage du salaire de base ou montant forfaitaire, seuils en années, plafond éventuel : tout ce qui n’est pas écrit sera interprété en votre défaveur.
  • Respectez l’égalité de traitement. Deux salariés placés dans une situation comparable — même poste, même qualification, même ancienneté — doivent recevoir la même prime.
  • Anticipez les absences. La jurisprudence récente retient qu’un salarié dont la rémunération n’est pas maintenue pendant son arrêt maladie ne peut pas prétendre au versement de la prime sur cette période. Précisez-le dans votre texte.
  • Sachez comment en sortir. La suppression d’un usage suppose d’informer les représentants du personnel, puis chaque salarié individuellement, et de respecter un délai de prévenance suffisant.

Questions fréquentes

La prime d’ancienneté est-elle obligatoire dans le BTP ?
Non. Aucune des six conventions collectives du BTP ne prévoit de prime d’ancienneté, et le Code du travail n’en impose aucune. Une prime d’ancienneté n’est due que si elle résulte d’un accord d’entreprise, du contrat de travail ou d’un usage constant dans l’entreprise.
Comment calculer la prime d’ancienneté d’un ouvrier du bâtiment ?
La question est mal posée : il n’y a pas de prime à calculer. L’ouvrier du bâtiment perçoit, via sa caisse de congés payés, une indemnité équivalente à 2 jours de congé après 20 ans de services dans la même entreprise, 4 jours après 25 ans et 6 jours après 30 ans. C’est la caisse qui la calcule et la verse, pas l’employeur.
Combien de jours de congés d’ancienneté dans le BTP ?
Cela dépend de la catégorie. Les ETAM et les cadres obtiennent 2 jours ouvrables au-delà de 5 ans d’ancienneté dans l’entreprise et 3 jours au-delà de 10 ans. Les ouvriers des travaux publics obtiennent 2 jours à 20 ans, 4 à 25 ans et 6 à 30 ans. Les ouvriers du bâtiment, eux, ne prennent pas de jours mais reçoivent une indemnité équivalente.
L’ancienneté se conserve-t-elle en changeant d’entreprise du BTP ?
En partie, oui. Plusieurs droits conventionnels se lisent en ancienneté « dans la profession », c’est-à-dire dans une ou plusieurs entreprises relevant d’une caisse de congés du BTP : les seuils sont alors plus longs (10 et 20 ans au lieu de 5 et 10 pour les ETAM et cadres). L’indemnité de fin de carrière des ouvriers du bâtiment se calcule elle aussi sur la durée d’affiliation à la branche.
Quelle convention collective s’applique à mon salarié ?
Elle dépend de trois critères : le statut (ouvrier, ETAM, cadre), le sous-secteur (bâtiment ou travaux publics) et, pour les ouvriers du bâtiment, l’effectif de l’entreprise — jusqu’à 10 salariés (IDCC 1596) ou au-delà (IDCC 1597). L’IDCC applicable figure obligatoirement en en-tête du bulletin de paie.
Peut-on supprimer une prime d’ancienneté versée depuis des années ?
Pas unilatéralement du jour au lendemain. Si la prime a été versée de façon constante, générale et fixe, elle constitue un usage d’entreprise. Sa suppression suppose une dénonciation en règle : information des représentants du personnel, information individuelle de chaque salarié concerné, et respect d’un délai de prévenance suffisant.
La prime d’ancienneté compte-t-elle dans le minimum conventionnel ?
Cela dépend du texte qui l’institue. La Cour de cassation juge que c’est la convention collective — ou l’accord qui crée la prime — qui détermine si elle entre dans l’assiette de comparaison avec le minimum. Dans le BTP, où aucune prime conventionnelle n’existe, la réponse dépendra donc de la rédaction de votre propre accord d’entreprise.
À retenirTrois points à garder en tête
  1. 01Aucune prime d’ancienneté n’est obligatoire dans le BTP : les barèmes en pourcentage qui circulent viennent d’autres branches.
  2. 02Ouvrier du bâtiment : une indemnité de la caisse à 20, 25 et 30 ans. ETAM et cadre : des jours, dès 5 ans.
  3. 03Une prime versée volontairement devient un usage — écrivez la règle avant de verser le premier euro.

Sources : conventions collectives nationales des ouvriers du bâtiment du 8 octobre 1990 (IDCC 1596 et 1597), des ouvriers des travaux publics du 15 décembre 1992 (IDCC 1702), des ETAM du bâtiment du 12 juillet 2006 (IDCC 2609) et des travaux publics (IDCC 2614), des cadres du bâtiment du 1er juin 2004 (IDCC 2420) et des travaux publics (IDCC 3212), publiées sur Légifrance ; Code du travail numérique ; documentation de la Fédération française du bâtiment et de la Fédération nationale des travaux publics ; réseau des caisses CIBTP. Barèmes vérifiés en septembre 2026 — les grilles de minima des ouvriers et des ETAM étant négociées région par région, vérifiez toujours l’accord applicable à votre territoire.

Vos salariés, vos heures, vos affaires

Voyez en 30 minutes comment WHY relie le pointage du terrain au dossier de chaque salarié et au coût réel de chaque chantier.

Demander ma démo →

×

Demander une démonstration

30 minutes en visio, avec un spécialiste de votre métier. Sans engagement.

Vos coordonnées servent uniquement à traiter votre demande de démonstration. Aucun partage à des tiers, désinscription possible à tout moment.

C’est noté, merci.Votre demande est enregistrée. Un spécialiste de votre métier vous rappelle sous 24 heures ouvrées pour convenir du créneau de démonstration.
L’envoi n’a pas abouti. Vous pouvez réessayer, ou nous joindre directement au 03 20 54 89 42.

Marie HAVET

Chez WhySoft Group depuis 2004, Marie est la référente facturation électronique de l'équipe : Pennylane, Zeendoc et toute la gamme WHY n'ont pas de secret pour elle. Formée aux mathématiques, elle aime les processus carrés… expliqués simplement.