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Congés payés BTP : la caisse CIBTP, le calendrier décalé, la prime de 30 % — le guide de l’entreprise

Par Marie Havet · Publié le 23 août 2026 · 12 min de lecture

Dans le bâtiment et les travaux publics, les congés payés n’obéissent à aucune des habitudes du régime général : l’employeur ne verse pas l’indemnité de congés — il cotise à une caisse mutualisée, la CIBTP, qui calcule les droits et paie directement le salarié. Période de référence décalée du 1er avril au 31 mars, prime de vacances de 30 %, portabilité des droits d’un employeur à l’autre, jours d’ancienneté comptés sur la carrière dans la profession : ce guide déroule le système complet, côté salarié comme côté entreprise — avec les chiffres 2026.

En 30 secondes

  • La caisse paie, l’employeur cotise : toute entreprise du BTP doit s’affilier à sa caisse CIBTP régionale. La cotisation congés payés, fixée par chaque caisse (art. D. 3141-29), est de l’ordre de 20,70 % de la masse salariale brute en 2026.
  • Le calendrier est décalé : acquisition du 1er avril au 31 mars (2,5 jours ouvrables par mois, 150 heures valant un mois), prise du 1er mai au 30 avril suivant. Campagne en cours : droits acquis du 1er avril 2025 au 31 mars 2026, à prendre jusqu’au 30 avril 2027.
  • La prime de vacances de 30 % s’ajoute à l’indemnité, calculée sur le congé principal (2 jours par mois, 24 jours max) plus ancienneté et fractionnement — sous conditions d’activité minimum sur la période.
  • Les droits sont portables : le salarié qui change d’entreprise BTP conserve ses congés ; au départ, l’employeur remet un certificat de congés payés — le 4e document de fin de contrat du secteur.
Sommaire du guide
  1. Pourquoi une caisse
  2. Calendrier
  3. Indemnité et prime
  4. Côté employeur
  5. Droits supplémentaires
  6. Erreurs
  7. FAQ
1er avrille début de la période de référence BTP — elle court jusqu’au 31 mars, pas comme le régime généralprise du 1er mai au 30 avril suivant
20,70 %l’ordre de grandeur de la cotisation congés payés CIBTP sur la masse salariale brute en 2026taux fixé par chaque caisse — art. D. 3141-29
30 %la prime de vacances ajoutée à l’indemnité du congé principal, versée par la caissesous conditions d’activité minimum
30 joursouvrables acquis par an — 2,5 jours par mois, 150 heures de travail valant un moisart. D. 3141-30 du Code du travail

Pourquoi une caisse — et qui doit s’affilier

Le BTP est l’un des rares secteurs où les congés payés sont gérés par une caisse mutualisée obligatoire : le réseau CIBTP (Congés Intempéries BTP). La raison est historique et pratique — les salariés du bâtiment changent souvent d’employeur au fil des chantiers, et aucune entreprise ne pourrait gérer seule les droits d’un salarié passé par trois ou quatre sociétés dans l’année. La caisse centralise les cotisations de toutes les entreprises et garantit au salarié ses congés, quel que soit son parcours — y compris si un employeur défaille.

L’affiliation est une obligation légale pour les entreprises dont l’activité principale relève du bâtiment ou des travaux publics (art. L. 3141-32 et D. 3141-12 et suivants du Code du travail), dès le premier salarié. Le mécanisme est simple dans son principe : l’employeur déclare les salaires et cotise chaque mois ou chaque trimestre ; quand le salarié part en congé, c’est la caisse qui lui verse directement son indemnité — l’employeur, lui, ne paie pas les jours de congés sur le bulletin.

Le calendrier décalé — la première chose à désapprendre

Dans le BTP, la période de référence court du 1er avril au 31 mars — pas du 1er juin au 31 mai comme dans le régime général. L’acquisition reste de 2,5 jours ouvrables par mois de travail effectif, soit 30 jours (5 semaines) pour une année complète, avec une équivalence propre au secteur : 150 heures de travail valent un mois (art. D. 3141-30).

  1. Acquisition : du 1er avril au 31 marsChaque mois travaillé — ou chaque tranche de 150 heures — ouvre 2,5 jours ouvrables. Les jours d’arrêt intempéries sont assimilés à du travail effectif, et depuis la loi du 22 avril 2024, les arrêts maladie ouvrent aussi des droits (2 jours ouvrables par mois pour la maladie non professionnelle, dans la limite de 24 jours par an).
  2. Prise : du 1er mai au 30 avril suivantLes droits acquis du 1er avril 2025 au 31 mars 2026 se prennent entre le 1er mai 2026 et le 30 avril 2027. Le congé principal (24 jours max) suit les règles légales — 12 jours continus minimum en période estivale ; la 5e semaine se prend en hiver, en une seule fois pour les ouvriers.
  3. Déclaration à la caisseL’employeur déclare les dates de congés de chaque salarié depuis son Espace sécurisé CIBTP ; la caisse calcule l’indemnité, applique la prime de vacances et les jours supplémentaires, et verse au salarié.
La portabilité : l’atout maître du systèmeLe salarié qui change d’entreprise conserve ses droits tant qu’il reste dans la profession. Au départ, l’employeur lui remet un certificat de congés payés — en pratique le 4e document de fin de contrat du BTP, à côté du reçu pour solde de tout compte, du certificat de travail et de l’attestation France Travail. C’est ce certificat qui permet de faire valoir ses droits auprès de la caisse ou chez le nouvel employeur.

L’indemnité et la prime de 30 % — avec un exemple

La caisse effectue un double calcul et retient le plus favorable : la règle du 1/10e de la rémunération brute de la période de référence, comparée au maintien de salaire. S’y ajoute la prime de vacances de 30 %, prévue par les conventions collectives du bâtiment et des travaux publics — calculée sur l’indemnité du congé principal (2 jours ouvrables par mois, 24 jours max) plus les éventuels jours d’ancienneté et de fractionnement.

Ouvrier à 2 500 € brut/mois, 12 mois travaillés — rémunération de référence : 30 000 €
Indemnité 1/10e : 30 000 € / 10 = 3 000 € pour 30 jours ouvrables (comparée au maintien : la caisse retient le plus favorable)
Prime de vacances : 30 % × indemnité du congé principal (24 j / 30 j) = 30 % × 2 400 € = 720 €
TOTAL versé par la caisse sur la campagne ≈ 3 720 € — hors jours d’ancienneté et de fractionnement éventuels

La prime de 30 % n’est pas automatique : elle suppose une activité minimum sur la période de référence — de l’ordre de 1 675 heures dans le bâtiment et 1 200 heures dans les travaux publics, ou une condition de présence selon la catégorie et la convention applicable. Les CDD, apprentis et contrats de professionnalisation y ont droit au prorata. Point souvent ignoré : les indemnités intempéries perçues entrent dans l’assiette du 1/10e, et la prime de vacances doit être réintégrée dans la base de calcul de l’indemnité de licenciement.

Côté employeur : cotiser, déclarer, anticiper la trésorerie

La contrepartie du système est une cotisation lourde et des obligations déclaratives précises. La cotisation congés payés, fixée par le conseil d’administration de chaque caisse (art. D. 3141-29), est de l’ordre de 20,70 % de la masse salariale brute en 2026 — elle finance les indemnités, la prime de vacances, les jours supplémentaires et les charges sociales afférentes.

  • La cotisation intempéries s’ajoute : pour la campagne 2026-2027, 0,68 % pour le gros œuvre et les travaux publics, 0,13 % pour le second œuvre, calculée après un abattement de 96 168 €.
  • Les déclarations passent par la DSN et l’Espace sécurisé : salaires et heures déclarés à la caisse, dates de congés saisies avant chaque départ — c’est cette déclaration qui déclenche le versement au salarié.
  • La trésorerie se pilote : l’entreprise paie la cotisation toute l’année sur les salaires versés, indépendamment des dates de départ en congés — un coût à intégrer au calcul des prix de revient et des déboursés horaires.
  • Le bulletin de paie ne porte pas l’indemnité de congés : les jours pris apparaissent en absence non rémunérée par l’employeur — l’erreur classique du gestionnaire venu du régime général est de maintenir le salaire en plus du versement caisse.

Ancienneté, fractionnement, intempéries : les droits en plus

Au-delà des 30 jours légaux, le BTP connaît des jours supplémentaires propres au secteur — tous calculés et versés par la caisse, ce qui est l’une de ses vraies forces : l’application uniforme de règles que peu de PME maîtrisent seules.

Droit supplémentaire La règle Qui calcule
Jours d’ancienneté Jours supplémentaires selon l’ancienneté dans la profession (pas seulement dans l’entreprise) : pour les ouvriers du bâtiment, 2 jours après 20 ans, 4 après 25 ans, 6 après 30 ans — barèmes propres aux ETAM et cadres selon leur convention La caisse, sur la base des certificats de toute la carrière
Jours de fractionnement 3 à 5 jours du congé principal pris entre le 1er novembre et le 30 avril : +1 jour ; 6 et plus : +2 — le détail complet est dans notre guide des jours de fractionnement Calcul automatique par la caisse depuis novembre 2026
Intempéries Les jours d’arrêt intempéries (y compris canicule depuis 2024, indemnisée à 75 % du salaire horaire) sont assimilés à du travail effectif : ils ne réduisent pas les droits, et l’indemnité perçue entre dans l’assiette du 1/10e La caisse, sur déclaration des arrêts
Congés enfant à charge Jours supplémentaires légaux pour les jeunes salariés et parents, prenables à tout moment de la période La caisse, selon la situation déclarée

Les erreurs classiques

Payer les congés sur le bulletin « comme avant »L’entreprise qui maintient le salaire pendant les congés paie deux fois : sa cotisation à la caisse et le salaire. Le versement direct ne la dispense d’aucune cotisation — les jours de congés se déduisent du bulletin, la caisse indemnise.
Oublier le certificat de congés payés au départ d’un salariéSans certificat, le salarié ne peut pas faire valoir ses droits auprès de la caisse ni chez son nouvel employeur BTP. C’est le 4e document de fin de contrat du secteur — son absence se plaide comme celle du certificat de travail.
Déclarer des heures approximativesLes droits du salarié — jours acquis, prime de 30 %, ancienneté — découlent des heures et salaires déclarés. Des pointages reconstitués en fin de mois produisent des déclarations fausses, des régularisations, et des salariés lésés qui le découvrent au moment du chèque caisse.
Chez WHY : des heures justes, des déclarations justesDans WHY Time®, les heures de chaque salarié sont pointées au chantier ou à l’atelier, rattachées à l’affaire, et les absences alimentées au fil de l’eau : les éléments déclarés à la caisse — heures, salaires, dates de congés — sortent du pointage réel. Et comme la cotisation congés pèse de l’ordre de 20 % de la masse salariale, ces mêmes heures nourrissent les déboursés horaires et les prix de revient : un seul pointage, deux usages.
Ce que nous en pensonsLe régime des congés BTP est un des rares cas où la mutualisation sert vraiment la PME : la caisse applique des règles — double calcul, prime, ancienneté sur carrière, fractionnement — qu’aucun artisan ne devrait avoir à maîtriser seul. Ce que la caisse ne fera jamais à la place de l’entreprise, c’est produire des données justes : heures, salaires, dates. Les entreprises qui pointent proprement traversent les campagnes CIBTP sans friction ; les autres accumulent régularisations et contestations. La frontière ne passe pas par la taille de l’entreprise — elle passe par la donnée.

Questions fréquentes

Comment fonctionnent les congés payés dans le BTP ?
L’employeur cotise à la caisse CIBTP (de l’ordre de 20,70 % de la masse salariale en 2026) ; c’est la caisse qui calcule les droits et verse l’indemnité directement au salarié pendant ses congés — pas l’employeur.
Quelle est la période de référence des congés BTP ?
Du 1er avril au 31 mars — et non du 1er juin au 31 mai. Les droits acquis du 1er avril 2025 au 31 mars 2026 se prennent entre le 1er mai 2026 et le 30 avril 2027.
Combien de jours de congés acquiert-on par mois dans le BTP ?
2,5 jours ouvrables par mois de travail effectif — avec une équivalence propre au secteur : 150 heures de travail valent un mois (art. D. 3141-30). Soit 30 jours pour une année complète.
Qu’est-ce que la prime de vacances de 30 % ?
Une majoration de 30 % de l’indemnité du congé principal (plus ancienneté et fractionnement), prévue par les conventions du BTP et versée par la caisse — sous condition d’activité minimum sur la période de référence (de l’ordre de 1 675 h dans le bâtiment, 1 200 h dans les TP).
Qui verse l’indemnité de congés payés dans le BTP ?
La caisse CIBTP, directement au salarié, sur déclaration des dates par l’employeur. Le bulletin de paie de l’employeur ne porte pas l’indemnité de congés — la maintenir en plus reviendrait à payer deux fois.
Que devient le droit à congés quand un salarié change d’entreprise BTP ?
Il est conservé : l’employeur remet au départ un certificat de congés payés qui permet de faire valoir ses droits auprès de la caisse ou du nouvel employeur. Les droits sont portables dans toute la profession.
Les intempéries réduisent-elles les congés ?
Non : les jours d’arrêt intempéries — y compris canicule depuis 2024 — sont assimilés à du travail effectif pour l’acquisition, et l’indemnité intempéries entre dans l’assiette de calcul du 1/10e.

Sources et références

  1. Code du travail : art. L. 3141-32 (caisses de congés payés), D. 3141-12 et suivants (affiliation BTP), D. 3141-29 (cotisation fixée par la caisse), D. 3141-30 (équivalence 150 heures, forfait congés année précédente).
  2. Réseau CIBTP : mémentos congés 2026-2027 — période d’acquisition 1er avril 2026 – 31 mars 2027, prise 1er mai 2026 – 30 avril 2027, certificat de congés, calcul automatique des jours de fractionnement, Espace sécurisé.
  3. Cotisations 2026 : cotisation congés payés de l’ordre de 20,70 % de la masse salariale brute (taux fixé par chaque caisse) ; chômage intempéries campagne 2026-2027 : 0,68 % gros œuvre et TP, 0,13 % second œuvre, abattement de 96 168 €.
  4. Conventions collectives du bâtiment et des travaux publics : prime de vacances de 30 %, jours d’ancienneté (ouvriers : 2, 4, 6 jours à 20, 25, 30 ans dans la profession), conditions d’activité (1 675 h bâtiment, 1 200 h TP).
  5. Loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 (DDADUE) : acquisition de congés pendant les arrêts maladie (2 jours ouvrables par mois, plafond de 24 jours pour la maladie non professionnelle).
À retenirTrois points à garder en tête
  1. 01La caisse CIBTP paie les congés, l’employeur cotise — de l’ordre de 20,70 % de la masse salariale en 2026 — et le calendrier est décalé : acquisition du 1er avril au 31 mars, prise du 1er mai au 30 avril.
  2. 02La prime de vacances de 30 % s’ajoute au congé principal sous conditions d’activité, et les droits suivent le salarié d’un employeur BTP à l’autre — le certificat de congés payés est le 4e document de fin de contrat.
  3. 03Tout découle des heures et salaires déclarés : des pointages justes font des déclarations justes, des droits justes — et des prix de revient justes, puisque la cotisation pèse un cinquième de la masse salariale.
Des pointages justes, des déclarations caisse sans friction

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Nathan Dubois

Gérant de WhySoft Group, éditeur français de logiciels de gestion pour les PME du BTP, de l'industrie et des services. Une conviction depuis 30 ans : un logiciel doit appartenir à ceux qui l'utilisent — et rester simple à vivre au quotidien.