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Paiement direct du sous-traitant : conditions, procédure et délais
Historique des mises à jour
v1.0 (22/08/2026) : version initiale — seuil de 600 €, conditions d’acceptation et d’agrément, procédure de la demande de paiement (accord du titulaire sous 15 jours), délais alignés sur le titulaire depuis le 1er janvier 2025, dépôt Chorus Pro, autoliquidation de TVA, protection du second rang.
Le paiement direct est la protection la plus puissante — et la plus mal comprise — de la sous-traitance en marché public : le sous-traitant est payé par l’acheteur public lui-même, sans dépendre de la trésorerie du titulaire. Chez WhySoft Group, nous voyons les deux versants chez nos clients du BTP : le sous-traitant qui ignore son droit, et le titulaire qui découvre qu’on ne peut pas y renoncer, même par contrat. Voici les conditions exactes, la procédure avec ses délais — dont les 15 jours du titulaire —, le dépôt sur Chorus Pro et le cas de TVA que tout le bâtiment doit connaître.
En 30 secondes
- Le principe : le sous-traitant direct (1er rang), accepté et agréé, est payé par l’acheteur public pour la part du marché qu’il exécute — dès que son contrat atteint 600 €.
- C’est un droit d’ordre public : toute renonciation, même signée, est réputée non écrite. Un contrat de sous-traitance ne peut pas l’écarter.
- La procédure : le sous-traitant adresse sa demande de paiement au titulaire, qui a 15 jours pour donner son accord ou refuser en motivant ; l’acheteur règle ensuite — depuis le 1er janvier 2025, dans le même délai que celui du titulaire.
- Sur les marchés de travaux : le dépôt passe par Chorus Pro, et c’est le sous-traitant qui dépose lui-même — avec ses factures hors taxe si l’autoliquidation s’applique.
1. Ce qu’est le paiement direct — et pourquoi il existe
Le paiement direct est le mécanisme par lequel l’acheteur public règle lui-même le sous-traitant de premier rang, pour la part du marché qu’il exécute, sans que l’argent transite par le titulaire. Il est institué par la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 et codifié aux articles L. 2193-10 et suivants du Code de la commande publique.
Sa raison d’être est une leçon de trésorerie : dans une chaîne de sous-traitance classique, la défaillance ou la lenteur de paiement du titulaire ruisselle sur tous les rangs. Le législateur de 1975 a coupé le circuit pour le premier rang : l’entreprise qui exécute réellement les travaux est payée par le donneur d’ordre public, dont la solvabilité ne fait pas débat. C’est pour cela que le droit est d’ordre public — un titulaire ne peut pas le neutraliser par une clause, et une renonciation du sous-traitant est réputée non écrite.
2. Les trois conditions — et le seuil de 600 €
Trois conditions cumulatives ouvrent le paiement direct : être sous-traitant de premier rang (contractant direct du titulaire), avoir été accepté par l’acheteur avec ses conditions de paiement agréées — c’est l’objet du formulaire DC4 —, et exécuter un contrat de sous-traitance d’un montant au moins égal à 600 € (art. R. 2193-10).
- Le rang — seul le sous-traitant direct du titulaire en bénéficie. Le rang 2 et les suivants relèvent d’une autre protection (section 6).
- L’acceptation préalable — un sous-traitant non déclaré n’a pas droit au paiement direct, même pour des travaux réellement exécutés : la régularisation a posteriori est un parcours contentieux, pas une formalité. D’où la règle : DC4 transmis avant la première heure sur le chantier.
- Le seuil — 600 € de contrat : autant dire que dans le BTP, pratiquement toute sous-traitance est concernée.
3. La procédure, pas à pas — et les 15 jours qui comptent
La demande de paiement suit un circuit à trois acteurs, réglé par l’article 8 de la loi de 1975 et les articles R. 2193-11 et suivants du CCP : le sous-traitant demande, le titulaire contrôle, l’acheteur paie.
- Le sous-traitant établit sa demande de paiementSituation ou facture correspondant aux prestations exécutées de sa part du marché — cohérente avec le montant agréé au DC4, et hors taxe si l’autoliquidation s’applique (section 5).
- Il l’adresse au titulaire, avec copie à l’acheteurPar lettre recommandée avec accusé de réception ou dépôt contre récépissé — la copie à l’acheteur est ce qui fait courir les délais et empêche la demande de dormir dans un tiroir.
- Le titulaire a 15 jours pour se prononcerAccord exprès, ou refus motivé notifié au sous-traitant et à l’acheteur. Passé 15 jours, son silence vaut acceptation : l’acheteur peut payer.
- L’acheteur règle le sous-traitantDans un délai de paiement aligné sur celui du titulaire depuis le 1er janvier 2025 — le sous-traitant n’est plus la variable d’ajustement du calendrier.
Le point de friction réel est l’étape 3 : un titulaire qui conteste doit motiver — malfaçons, avancement contesté, montant incohérent avec l’agrément. Un refus non motivé ou dilatoire n’arrête pas la mécanique, et expose le titulaire vis-à-vis des deux autres parties. Côté sous-traitant, la protection commence par la rigueur documentaire : des situations de travaux propres, datées, rattachées au marché et au DC4, rendent la contestation difficile.
4. Sur les marchés de travaux : le dépôt passe par Chorus Pro
C’est le sous-traitant admis au paiement direct qui dépose lui-même ses demandes de paiement sur Chorus Pro, en référence au marché et au titulaire — le titulaire ne facture pas à sa place, il valide dans le circuit. Le cadre de facturation dédié à la sous-traitance porte les rôles de chacun.
Deux réflexes évitent les rejets : récupérer dès la notification les identifiants du destinataire — SIRET de l’entité publique, code service, numéro d’engagement — et vérifier son propre raccordement. Le fonctionnement complet du portail, les cadres de facturation et le cas particulier des marchés publics de travaux — qui restent sur Chorus Pro même après la généralisation de la facturation électronique — sont détaillés dans notre guide Chorus Pro.
5. TVA : le paiement direct n’annule pas l’autoliquidation
Dans les travaux de bâtiment, la TVA du sous-traitant est autoliquidée par le preneur (art. 283, 2 nonies du CGI) : le sous-traitant facture hors taxe avec la mention « Autoliquidation », et c’est le titulaire qui déclare la TVA — y compris quand l’acheteur public paie directement le sous-traitant.
La conséquence pratique est inscrite jusque dans le DC4 : la rubrique consacrée au prix des prestations prévoit d’indiquer le montant hors TVA des sommes à verser en paiement direct. Une demande de paiement TTC là où l’autoliquidation s’applique est l’un des motifs de blocage les plus fréquents — et l’oubli de la mention coûte 5 % du montant en cas de contrôle. Le régime complet, avec ses cas limites, est dans notre guide de l’autoliquidation de TVA dans le BTP.
6. Et le sous-traitant de second rang ?
Le paiement direct s’arrête au premier rang. Le sous-traitant de rang 2, payé par celui de rang 1, est protégé autrement : par une caution personnelle et solidaire ou une délégation de paiement, que le sous-traitant de rang 1 doit lui fournir (art. 14 de la loi de 1975) — faute de quoi le contrat de sous-traitance encourt la nullité.
Pour le donneur d’ordre PME, l’enseignement est double. Si vous sous-traitez une part de votre marché public, votre sous-traitant a droit au paiement direct — anticipez le DC4 et intégrez ce circuit dans votre suivi de trésorerie, puisque ces sommes n’entreront jamais dans votre caisse. Et si vos sous-traitants sous-traitent à leur tour, exigez la preuve de la caution ou de la délégation : la nullité du contrat de rang 2 finit toujours par remonter sur le chantier.
Questions fréquentes
Qui a droit au paiement direct en marché public ?
Peut-on renoncer au paiement direct dans le contrat de sous-traitance ?
Comment se déroule une demande de paiement direct ?
Le titulaire peut-il bloquer le paiement de son sous-traitant ?
Un sous-traitant non déclaré peut-il réclamer le paiement direct ?
Le sous-traitant facture-t-il TTC en paiement direct ?
Sur quel portail le sous-traitant dépose-t-il ses factures de marché de travaux ?
Sources et références
- Loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance (Légifrance) — art. 6 (paiement direct), art. 8 (accord du titulaire sous 15 jours), art. 14 (caution ou délégation pour les rangs suivants).
- Code de la commande publique, art. L. 2193-10 et suivants et R. 2193-10 à R. 2193-14 — seuil de 600 €, procédure de la demande de paiement, rôle de l’acheteur.
- BOFiP BOI-TVA-DECLA-10-10-20 — autoliquidation de la TVA sur les travaux de construction sous-traités (art. 283, 2 nonies du CGI).
- Documentation Chorus Pro (AIFE) — cadres de facturation de la sous-traitance et dépôt des demandes de paiement direct.
- 01Premier rang + DC4 accepté + contrat d’au moins 600 € : le paiement direct est ouvert, et aucune clause ne peut l’écarter.
- 02La demande passe par le titulaire — 15 jours pour accepter ou refuser en motivant, le silence vaut accord — puis l’acheteur paie dans le délai du titulaire.
- 03Sur les travaux : dépôt Chorus Pro par le sous-traitant lui-même, facture hors taxe avec mention « Autoliquidation » quand le régime s’applique.
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