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Garantie décennale : l’obligation, l’attestation, et ce qui arrive sans elle

Par Nathan Dubois · Mis à jour le 21 août 2026 · 10 min de lecture

v3.0Mis à jour le 21 août 2026 — angle entreprise, textes et jurisprudences sourcés
Historique des mises à jour

v3.0 (21/08/2026) : refonte intégrale côté entreprise. Articles L. 241-1, L. 243-2 et L. 243-3 du code des assurances, articles 1792 et suivants du code civil, modèle d’attestation de l’arrêté du 5 janvier 2016, jurisprudences sur le champ de l’ouvrage, distinction avec la biennale et le parfait achèvement, cas du sous-traitant. Absorbe l’ancien article « travaux sans garantie décennale ».

La décennale est le seul sujet du bâtiment où une omission administrative peut coûter dix ans de responsabilité sur fonds propres. Tout le monde sait qu’elle est obligatoire ; presque personne ne sait précisément quand elle doit être souscrite, ce qu’elle couvre réellement, et ce que son attestation doit accompagner. Chez WhySoft Group, nous éditons depuis 2004 des logiciels de gestion pour les PME du bâtiment : voici la décennale côté entreprise — l’obligation, le document, et ce qui arrive quand l’un des deux manque.

En 30 secondes

  • Obligatoire pour tout constructeur — entreprise, artisan, micro-entrepreneur — et la souscription doit être effective à l’ouverture du chantier, pas après.
  • Elle couvre dix ans à compter de la réception : solidité de l’ouvrage et impropriété à destination. Pas les équipements dissociables — ça, c’est la biennale.
  • L’attestation doit être jointe aux devis et aux factures depuis la loi Macron. Son modèle est standardisé, et elle liste vos activités couvertes — le vrai piège est là.
  • Sans assurance : six mois d’emprisonnement et 75 000 € d’amende encourus, et dix ans de sinistres payés sur les fonds propres de l’entreprise — ou du dirigeant.
10 ansde responsabilité de plein droit, à compter de la réceptionArticles 1792 et 1792-4-1 du Code civil
À l’ouverturedu chantier, la souscription doit être justifiableArticle L. 241-1 du Code des assurances
75 000 €d’amende et six mois d’emprisonnement encourus sans assuranceArticle L. 243-3
Devis + facturesl’attestation doit y être jointe depuis la loi MacronArticle L. 243-2, arrêté du 5 janvier 2016
Sommaire de l’article
  1. Qui doit s’assurer
  2. Ce qu’elle couvre
  3. Avant le chantier
  4. L’attestation
  5. Sans décennale
  6. Sous-traitance

1. Qui doit s’assurer — et personne n’y échappe

Toute personne dont la responsabilité décennale peut être engagée doit être couverte par une assurance. C’est l’article L. 241-1 du code des assurances, héritier de la loi Spinetta du 4 janvier 1978. Le cercle des assujettis est celui de l’article 1792-1 du code civil : est réputé constructeur tout architecte, entrepreneur, technicien ou autre personne liée au maître d’ouvrage par un contrat de louage d’ouvrage.

Trois conséquences pratiques. La forme juridique est indifférente : le micro-entrepreneur est soumis à la même obligation que la SAS de quatre-vingts salariés. Le métier est indifférent dès lors qu’on construit un ouvrage : maçon, charpentier, électricien, plombier-chauffagiste, pisciniste, bureau d’études. Et l’obligation est d’ordre public : aucune clause, aucun accord avec le client ne peut en dispenser.

La décennale suit l’ouvrage, pas le contratTout contrat souscrit au titre de cette obligation est réputé comporter, nonobstant toute stipulation contraire, une clause de maintien de la garantie pour toute la durée de la responsabilité. Traduction : l’assureur qui a couvert le chantier reste tenu dix ans, même si le contrat est résilié ensuite, même si l’entreprise ferme. C’est l’assurance en vigueur à la date d’ouverture du chantier qui compte — pas celle en vigueur au jour du sinistre.

2. Ce qu’elle couvre — et ce qu’elle ne couvre pas

La décennale couvre les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination, pendant dix ans à compter de la réception (articles 1792 et 1792-4-1 du code civil). Elle couvre aussi la solidité des éléments d’équipement indissociables — ceux qu’on ne peut retirer sans détériorer l’ouvrage.

Le reste relève d’autres régimes, et les confondre coûte des années de procédure engagées sur le mauvais fondement :

Garantie Durée Ce qu’elle vise
Parfait achèvement 1 an Tous les désordres réservés à la réception ou signalés dans l’année — voir notre article sur la garantie de parfait achèvement.
Bon fonctionnement (biennale) 2 ans Les éléments d’équipement dissociables : robinetterie, volets, radiateurs, portes intérieures (article 1792-3).
Décennale 10 ans Solidité de l’ouvrage, impropriété à destination, équipements indissociables (articles 1792 et 1792-2).

La frontière de l’« ouvrage » est jurisprudentielle et parfois surprenante : une piscine a été jugée constituer un ouvrage soumis à décennale, tandis que certains travaux de rénovation énergétique n’affectant ni les fondations, ni l’ossature, ni le clos et couvert en ont été exclus. En cas de doute sur une activité, la réponse n’est pas dans l’intuition : elle est dans le contrat d’assurance et sa liste d’activités.

3. Avant le chantier : la souscription, et le vrai piège

La loi exige de pouvoir justifier de l’assurance à l’ouverture de tout chantier. Une souscription postérieure ne couvre pas le chantier déjà ouvert : c’est le contrat en vigueur au jour de l’ouverture qui garantit les dix ans. Et tout candidat à un marché public doit être en mesure de produire cette justification dès sa candidature.

Mais le vrai piège n’est pas l’absence d’assurance — il est plus sournois : c’est l’activité non déclarée. Votre contrat couvre une liste d’activités précises, celles que porte votre attestation. Le carreleur qui accepte un peu de maçonnerie, le plombier qui pose un plancher chauffant hors de sa nomenclature, travaillent assurés sur le papier et découverts dans les faits. En cas de sinistre, l’assureur oppose la non-garantie — et l’entreprise se retrouve exactement dans la situation de celui qui n’a jamais souscrit.

Le réflexe à prendre à chaque devis inhabituelAvant de chiffrer une prestation qui sort de votre cœur de métier, relisez la liste d’activités de votre attestation. Si la prestation n’y figure pas, un appel à l’assureur pour étendre la couverture coûte quelques centaines d’euros ; un sinistre non couvert se chiffre en centaines de milliers.

4. L’attestation : le document qui accompagne devis et factures

Depuis la loi Macron du 6 août 2015, les justifications d’assurance prennent la forme d’attestations jointes aux devis et aux factures des professionnels assurés (article L. 243-2 du code des assurances). L’arrêté du 5 janvier 2016 en a standardisé le modèle : mentions minimales fixées, même structure chez tous les assureurs.

L’attestation porte notamment l’assureur, le numéro du contrat, la période de validité, les activités couvertes et la zone géographique. C’est elle que le maître d’ouvrage, le donneur d’ordre ou l’acheteur public vous demandera — et c’est elle qu’il faut vérifier chez vos propres sous-traitants.

Deux précisions d’application. L’attestation se renouvelle chaque année : celle jointe à un devis de janvier peut être périmée à la facturation d’octobre — joignez la version en cours de validité à chaque document. Et la mention portée sur le devis ne remplace pas le document : la référence de l’assurance figure parmi les mentions du devis, l’attestation s’y joint. Le détail des mentions attendues sur vos documents figure dans notre guide des mentions obligatoires d’un devis et d’une facture.

5. Travailler sans décennale : ce qui se passe vraiment

Le défaut d’assurance est un délit. L’article L. 243-3 du code des assurances le punit de six mois d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende, ou de l’une de ces deux peines seulement. La seule exception visée par le texte est la personne physique qui construit un logement pour l’occuper elle-même ou le faire occuper par sa famille proche.

Mais la sanction pénale n’est pas le pire. Le pire est civil, et il dure dix ans :

  • La responsabilité décennale existe avec ou sans assurance. Elle est de plein droit : le client n’a pas à prouver une faute, seulement le désordre. Sans assureur derrière, chaque sinistre se paie sur les fonds de l’entreprise — sans plafond.
  • Le dirigeant peut être atteint personnellement. La faute de gestion que constitue l’absence d’assurance obligatoire expose à des poursuites au-delà de la personne morale.
  • Les marchés se ferment. Sans attestation, pas de marché public, pas de sous-traitance pour un donneur d’ordre sérieux, et de plus en plus souvent pas de client particulier informé.
Et si aucun assureur ne veut de vous ?Le refus d’assurance n’est pas une impasse : le Bureau central de tarification peut être saisi après un refus, et il fixe le tarif auquel l’assureur désigné est tenu de couvrir le risque. C’est long et coûteux — mais c’est la voie légale, et elle vaut toujours mieux qu’un chantier ouvert à découvert.

6. En sous-traitance : qui doit quoi

Le sous-traitant n’est pas lié au maître d’ouvrage par un contrat de louage d’ouvrage : il n’est donc pas tenu de la garantie décennale envers lui. C’est l’entreprise principale qui répond de tout l’ouvrage, y compris de la part sous-traitée, pendant dix ans.

C’est précisément pourquoi aucun donneur d’ordre sérieux ne fait travailler un sous-traitant sans exiger son attestation : en cas de sinistre imputable au lot sous-traité, l’entreprise principale indemnise le client au titre de sa propre décennale, puis se retourne contre le sous-traitant — dont la responsabilité contractuelle est engagée. Sans assurance en face, ce recours ne vaut rien.

Côté sous-traitant, la même vérification s’impose dans l’autre sens : vérifier que l’entreprise principale est elle-même assurée, et que les garanties de paiement de la loi de 1975 — caution ou délégation — sont en place, comme détaillé dans notre article sur les délais de paiement dans le BTP.

Ce que ça change dans l’outilLa mention d’assurance ne devrait jamais dépendre de la mémoire de celui qui édite le devis. Dans les logiciels WHY, assureur, numéro de police et couverture géographique se paramètrent une fois au niveau de l’entreprise, et sortent sur chaque devis et chaque facture — avec l’attestation en pièce jointe des envois. À l’échéance annuelle, on remplace un document, pas quatre cents modèles. C’est ce qu’on attend d’un logiciel de devis et facturation bâtiment.

Questions fréquentes

La garantie décennale est-elle obligatoire pour un auto-entrepreneur ?
Oui. L’obligation de l’article L. 241-1 vise toute personne physique ou morale dont la responsabilité décennale peut être engagée, sans considération de forme juridique ni de chiffre d’affaires. Le statut de micro-entrepreneur ne dispense d’aucune obligation professionnelle.
Quand faut-il souscrire la décennale ?
Avant l’ouverture du chantier : la loi exige de pouvoir justifier de la souscription à l’ouverture de tout chantier, et c’est le contrat en vigueur à cette date qui couvre les dix années de responsabilité. Une souscription postérieure ne couvre pas un chantier déjà ouvert.
Que couvre exactement la garantie décennale ?
Pendant dix ans à compter de la réception : les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination, ainsi que la solidité des éléments d’équipement indissociables. Les équipements dissociables relèvent de la garantie biennale de bon fonctionnement.
L’attestation décennale doit-elle figurer sur les devis ?
Elle doit y être jointe, ainsi qu’aux factures, depuis la loi Macron du 6 août 2015. Son modèle est standardisé par l’arrêté du 5 janvier 2016 et comporte notamment l’assureur, le numéro de contrat, la période de validité et les activités couvertes.
Que risque une entreprise qui travaille sans décennale ?
Pénalement, six mois d’emprisonnement et 75 000 € d’amende au titre de l’article L. 243-3. Civilement, dix ans de responsabilité de plein droit payée sur fonds propres, sans plafond, avec une exposition personnelle possible du dirigeant — et la fermeture des marchés publics et de la sous-traitance.
Un sinistre est-il couvert si l’activité n’était pas déclarée au contrat ?
Non. Le contrat couvre les activités listées sur l’attestation. Une prestation réalisée hors de cette liste expose l’entreprise à une non-garantie : l’assureur refuse la prise en charge, et l’entreprise se retrouve dans la situation d’un non-assuré.
Un sous-traitant doit-il avoir sa propre décennale ?
Il n’est pas tenu de la garantie décennale envers le maître d’ouvrage, faute de contrat avec lui — c’est l’entreprise principale qui répond de tout l’ouvrage. Mais sa responsabilité contractuelle envers l’entreprise principale est engagée, et celle-ci exige systématiquement une attestation pour garantir son recours.
Que faire si tous les assureurs refusent de me couvrir ?
Saisir le Bureau central de tarification après un refus : il fixe le tarif auquel l’assureur concerné est tenu de garantir le risque. C’est la voie légale prévue pour que l’obligation d’assurance reste toujours satisfiable.

Sources

  1. Article L. 241-1 du code des assurances — obligation d’assurance, justification à l’ouverture de tout chantier, maintien de la garantie pour la durée de la responsabilité.
  2. Article L. 243-2 du code des assurances (loi n° 2015-990 du 6 août 2015, art. 95) et arrêté du 5 janvier 2016 — attestations jointes aux devis et factures, modèle et mentions minimales.
  3. Article L. 243-3 du code des assurances — sanctions pénales du défaut d’assurance et exception de la personne physique construisant pour elle-même ; articles L. 243-4 à L. 243-6 — Bureau central de tarification.
  4. Articles 1792, 1792-1, 1792-2, 1792-3, 1792-4-1 et 1792-6 du code civil — responsabilité de plein droit, constructeurs réputés, équipements indissociables et dissociables, délai de dix ans, réception.
  5. Jurisprudence sur le champ de l’ouvrage — notamment Cass. 3e civ., 29 février 2000 (piscine) et Cass. 3e civ., 26 juin 2019 (travaux de rénovation énergétique hors clos et couvert).
À retenirTrois points à garder en tête
  1. 01La souscription se justifie à l’ouverture du chantier, et c’est ce contrat-là qui couvre les dix ans — même résilié ensuite.
  2. 02Le vrai piège n’est pas l’absence d’assurance, c’est l’activité non déclarée : assuré sur le papier, découvert dans les faits.
  3. 03L’attestation se joint aux devis et aux factures, dans sa version en cours de validité — pas seulement la mention.
Votre mention d’assurance sort-elle sur chaque document ?

Assureur, police et couverture paramétrés une fois, mention imprimée sur chaque devis et facture, attestation jointe aux envois : voyez la chaîne complète en 30 minutes.

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Nathan Dubois

Gérant de WhySoft Group, éditeur français de logiciels de gestion pour les PME du BTP, de l'industrie et des services. Une conviction depuis 30 ans : un logiciel doit appartenir à ceux qui l'utilisent — et rester simple à vivre au quotidien.