Durée de conservation des documents : le tableau complet pour l’entreprise

Dix ans ? Six ans ? Cinq ans ? Toute entreprise doit conserver les documents qu’elle émet et reçoit pendant des durées minimales fixées par la loi — et ces durées varient d’un an à trente ans selon la nature du document. Cette page rassemble les délais applicables, leur point de départ et leur fondement légal, familles par familles, à partir des sources officielles. Avec la règle d’or qui évite tous les débats : en cas de doute, on retient la durée la plus longue.
En 30 secondes
- Quatre blocs à mémoriser : comptable 10 ans (livres et pièces justificatives, dont les factures) · fiscal 6 ans (porté à 10 ans pour les délais expirant après le 1er janvier 2027) · civil et commercial 5 ans · social 3 à 5 ans selon le document.
- Une même pièce peut relever de plusieurs blocs : une facture est à la fois comptable (10 ans) et fiscale — on applique toujours la durée la plus longue.
- Le point de départ compte autant que la durée : clôture de l’exercice pour la comptabilité, dernière opération pour le fiscal, fin du contrat ou départ du salarié pour le social.
- ⚡ Ne pas conserver coûte cher : jusqu’à 10 000 € d’amende côté fiscal (art. 1734 CGI), et surtout l’impossibilité de se défendre en cas de contrôle ou de litige.
1. Les deux règles qui simplifient tout
Règle n° 1 : la durée légale est un minimum, jamais un maximum — l’entreprise peut conserver plus longtemps, à une exception près : les documents contenant des données personnelles, que le RGPD interdit de garder au-delà du nécessaire. Règle n° 2 : quand une pièce relève de plusieurs textes, on retient la durée la plus longue.
La seconde règle règle 90 % des débats. L’exemple classique est la facture : pièce justificative comptable, elle se conserve 10 ans (article L123-22 du Code de commerce) ; document fiscal, elle relève aussi de l’article L102 B du Livre des procédures fiscales. Verdict : 10 ans, la plus longue des deux. Même logique pour un contrat de travail, à la fois social et civil. Pendant tous ces délais, l’administration — fisc, URSSAF, inspection du travail — peut exercer son droit de contrôle : le document absent au moment du contrôle, c’est la preuve qui manque au moment où elle vaut le plus cher.
2. Documents comptables : 10 ans, le socle
Tous les documents comptables se conservent 10 ans à compter de la clôture de l’exercice (article L123-22 du Code de commerce) — c’est le bloc le plus long et le plus simple, car il n’a pas d’exception.
| Document | Durée | Point de départ |
|---|---|---|
| Livre journal, grand livre, livre d’inventaire | 10 ans | Clôture de l’exercice |
| Factures clients et fournisseurs | 10 ans | Clôture de l’exercice |
| Bons de commande, bons de livraison et de réception | 10 ans | Clôture de l’exercice |
| Comptes annuels (bilan, compte de résultat, annexe) | 10 ans | Clôture de l’exercice |
Dans le BTP, ce bloc emporte aussi les situations de travaux et décomptes : ce sont des pièces justificatives comme les autres. Et rappelons que la facture doit d’abord être conforme pour être conservée utilement — les mentions obligatoires sont le préalable.
3. Documents fiscaux : 6 ans — et bientôt 10
Les livres, registres et pièces sur lesquels s’exercent les droits de contrôle de l’administration fiscale se conservent 6 ans (article L102 B du LPF), à compter de la dernière opération mentionnée ou de la date d’établissement du document. Ce délai est porté à 10 ans pour les documents dont le délai de conservation expire après le 1er janvier 2027 — autant dire que le réflexe à prendre dès maintenant est « fiscal = 10 ans ».
| Document | Durée | À savoir |
|---|---|---|
| Déclarations de résultats (IS, BIC, BNC, BA) | 6 ans → 10 ans | 10 ans dès que le délai expire après le 01/01/2027 |
| Déclarations et justificatifs de TVA | 6 ans → 10 ans | Y compris la piste d’audit des factures |
| CFE, CVAE, impôts locaux | 6 ans → 10 ans | À compter de l’établissement |
| Tout document en cas d’activité occulte | 10 ans | Fraude, travail dissimulé, absence de déclaration |
4. Civil et commercial : 5 ans, et les exceptions qui comptent
Les contrats commerciaux, la correspondance commerciale et les documents bancaires se conservent 5 ans (article L110-4 du Code de commerce) — mais cette famille est celle qui compte le plus d’exceptions, vers le haut comme vers le bas.
| Document | Durée | Point de départ |
|---|---|---|
| Contrats commerciaux, correspondance client / fournisseur | 5 ans | Fin de la relation ou du contrat |
| Documents bancaires (relevés, talons de chèque) | 5 ans | Date du document |
| Contrat électronique avec un consommateur ≥ 120 € | 10 ans | Livraison ou fin de prestation |
| Acquisition ou cession de biens immobiliers et fonciers | 30 ans | Date de l’acte |
| Déclarations en douane | 3 ans | Date de la déclaration |
| Polices d’assurance | 2 ans | Résiliation du contrat |
| Garanties des biens et services fournis aux consommateurs | 2 ans | Fin de la garantie |
Pour le BTP, la ligne « 30 ans » n’est pas exotique : elle rejoint l’horizon de la responsabilité décennale et des dossiers d’ouvrages — le DOE et les pièces de chantier gagnent à être archivés sur la durée longue, bien au-delà des minima commerciaux.
5. Social et RH : le bloc aux trois vitesses
Le social se conserve entre 1 et 5 ans selon le document — c’est la famille où l’on se trompe le plus, parce que les points de départ diffèrent : date du document pour la paie, départ du salarié pour le contrat.
| Document | Durée | Point de départ |
|---|---|---|
| Bulletins de paie (double employeur) | 5 ans | Date d’émission |
| Contrat de travail, registre unique du personnel, solde de tout compte | 5 ans | Départ du salarié |
| Charges sociales, taxe sur les salaires | 3 ans | Date d’exigibilité |
| Comptabilisation des horaires, heures d’astreinte et compensations | 1 an | Date du relevé |
| Bulletin de paie électronique — disponibilité pour le salarié | 50 ans ou retraite + 6 ans | Émission (obligation de l’émetteur du coffre) |
La dernière ligne surprend toujours : quand l’entreprise remet le bulletin sous forme électronique, elle doit en garantir la disponibilité au salarié pendant 50 ans ou jusqu’à ses droits à retraite plus six ans — une obligation qui repose en pratique sur le coffre-fort numérique et son opérateur, pas sur un dossier partagé.
6. Papier ou numérique : ce qui vaut preuve
Le numérique a la même valeur que le papier — à condition de garantir l’intégrité, la lisibilité et la sécurité du document pendant toute la durée de conservation. Depuis l’arrêté du 22 mars 2017, une facture papier peut même être numérisée dès réception et conservée uniquement sous forme dématérialisée, si la copie est fidèle et durable.
C’est ici que la conservation cesse d’être un sujet juridique pour devenir un sujet d’organisation. Garder dix ans, ce n’est pas empiler : c’est retrouver en quelques secondes la pièce que demande le contrôleur ou l’avocat. Trois briques y pourvoient : un plan de classement qui range chaque document au même endroit quelle que soit la personne qui classe, une GED qui indexe et trace, et un archivage électronique qui fige les documents engageants. Et le meilleur archivage reste celui qu’on ne fait pas à la main : quand devis, commandes, situations et factures naissent dans le logiciel de gestion, ils naissent classés — rattachés à l’affaire, datés, retrouvables. Un point qui devient critique avec la facturation électronique : les factures structurées reçues dès septembre 2026 sont nativement des documents numériques à conserver tels quels.
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Questions fréquentes
Combien de temps une entreprise doit-elle conserver ses factures ?
Quelle est la durée de conservation des documents fiscaux ?
Combien de temps garder les bulletins de paie côté employeur ?
Peut-on jeter le papier après numérisation ?
Que risque une entreprise qui ne conserve pas ses documents ?
Existe-t-il un outil officiel pour vérifier une durée ?
- 01Quatre blocs : comptable 10 ans · fiscal 6 → 10 ans · commercial 5 ans · social 3 à 5 ans.
- 02Une pièce, plusieurs textes : on applique toujours la durée la plus longue.
- 03Conserver = retrouver : plan de classement + GED + archivage, et des documents qui naissent classés dans la gestion.
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