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Révision de prix BTP : formules, seuils et clause à écrire

Par Arthur Gueroult · Publié le 19 août 2026 · 10 min de lecture

v3.0Publié le 19 août 2026

Entre le jour où vous établissez un prix et le jour où le chantier se termine, vos coûts bougent — les salaires, les matériaux, l’énergie. L’index BT01 existe pour que le contrat bouge avec eux : c’est l’index national du bâtiment, publié chaque mois par l’Insee, qui sert de référence aux clauses d’actualisation et de révision de prix. Encore faut-il savoir lequel des deux mécanismes s’applique, avec quelle formule, quel index, et à quel mois — car chaque terme mal choisi se paie en marge. Chez WhySoft Group, nous voyons ces clauses vivre dans les marchés de nos clients depuis 1992 : voici le mode d’emploi, dans le prolongement de notre guide complet du chiffrage.

En 30 secondes

  • L’index : le BT01 « tous corps d’état » mesure l’évolution des coûts de production du bâtiment (salaires et charges en tête, matériaux, énergie, transport). Base 100 = 2010, publication mensuelle Insee puis Journal officiel. Dernier connu : 138,3 en juin 2026.
  • Deux mécanismes : l’actualisation remet le prix ferme au niveau du jour, une seule fois, avant le démarrage (index du 3e mois précédant le début des travaux) ; la révision fait évoluer le prix révisable périodiquement, en cours d’exécution, à chaque situation.
  • Les formules : simple — P = P0 × (BT/BT0) — ou paramétrique avec partie fixe, très fréquente dans les CCAP : P = P0 × (0,15 + 0,85 × BT/BT0).
  • Le réflexe privé : en marché privé, pas de clause écrite au devis = pas de variation. L’index, le mois de référence et la périodicité s’écrivent noir sur blanc avant signature.
138,3la valeur du BT01 de juin 2026, dernier index publié (Journal officiel du 15 août 2026)Insee / ANIL
> 3 moisle double seuil : actualisation du prix ferme au-delà de 3 mois entre prix et démarrage ; révision obligatoire des marchés > 3 mois à forte part de matières premièresArt. R. 2112-14, Code de la commande publique
M − 3l’index d’actualisation est celui du troisième mois précédant le début d’exécutionMécanique de l’actualisation en marché public
≈ 75 joursde délai entre le mois mesuré et la parution de l’index — d’où les révisions provisoires puis définitivesCalendrier de publication Insee
Vous cherchez seulement la valeur de l’indice ?Cette page traite la méthode : formules, seuils et rédaction de la clause. Si vous voulez la dernière valeur publiée, la série mensuelle et les dates de parution au Journal officiel, elles sont tenues à jour sur notre page indice BT01, relevée à chaque publication de l’Insee.

1. L’index BT01 : définition et composition

Le BT01 est l’index national du bâtiment « tous corps d’état » : chaque mois, l’Insee mesure l’évolution des coûts de production supportés par les entreprises de construction — salaires et charges (le poste le plus lourd, près de 45 % de l’index), matériaux, matériel, énergie, transports et frais divers — et publie la valeur, reprise au Journal officiel. La base 100 correspond à la moyenne de l’année 2010.

Le BT01 est le généraliste d’une famille nombreuse : les index BT déclinent chaque corps d’état (BT06 maçonnerie, BT26 menuiserie bois, BT34 plomberie, BT38 électricité…), et les index TP couvrent les travaux publics. Le BT01 domine par habitude — c’est lui que citent les CCAP, les contrats de construction de maison individuelle et les polices décennales — mais un spécialiste a souvent intérêt à négocier l’index de son métier, qui colle mieux à ses factures fournisseurs qu’une moyenne nationale tous corps d’état.

2. Actualisation ou révision : deux mécanismes à ne pas confondre

La confusion est universelle, et elle coûte cher : l’actualisation et la révision ne jouent ni au même moment, ni au même rythme, ni sur la même forme de prix. En marché public, le Code de la commande publique organise les deux (articles R. 2112-13 à R. 2112-16).

Actualisation Révision
Forme de prix Prix ferme (il ne varie pas en cours d’exécution) Prix révisable
Quand Une seule fois, avant le démarrage, si plus de 3 mois séparent la date d’établissement du prix du début d’exécution Périodiquement, en cours d’exécution — typiquement à chaque situation mensuelle
Index de référence Celui du 3e mois précédant le début des travaux (M − 3) Celui de la période exécutée, selon la formule du CCAP
Obligatoire ? Le marché à prix ferme doit prévoir ses modalités d’actualisation Oui pour les marchés de plus de 3 mois nécessitant une part importante de fournitures dont le prix suit les cours mondiaux (art. R. 2112-14)
L’erreur classiqueCroire qu’un prix ferme est un prix figé pour toujours. Un prix ferme ne bouge pas pendant le chantier — mais si le démarrage traîne au-delà de trois mois, il s’actualise avant de commencer. Renoncer à cette actualisation, c’est démarrer un chantier 2026 avec des coûts 2026 et un prix d’il y a six mois.

3. Les formules, décodées

Toutes les clauses de variation reposent sur le même principe : comparer l’index d’un mois de référence (BT0, celui du mois d’établissement du prix, dit « mois zéro ») à l’index d’un mois d’application (BT). Le rapport BT/BT0 mesure la dérive des coûts ; la formule décide quelle part de cette dérive passe dans le prix.

  • La formule simple : P = P0 × (BT ÷ BT0). Cent pour cent de la variation de l’index est répercutée. C’est la forme courante des contrats privés — et de l’actualisation, où BT est l’index de M − 3.
  • La formule paramétrique à partie fixe : P = P0 × (0,15 + 0,85 × BT ÷ BT0). Les CCAP des marchés publics l’utilisent massivement : 15 % du prix est réputé insensible à la conjoncture, 85 % suit l’index. La partie fixe n’est plus une obligation réglementaire, mais l’usage 15/85 a la vie dure — lisez la vôtre avant de chiffrer.
  • Les formules multi-index : pour des marchés atypiques, la clause peut panacher plusieurs index (a + b × I1/I1₀ + c × I2/I2₀…, avec a + b + c = 1) afin de coller à la structure réelle des coûts — acier, énergie, main-d’œuvre.

Le choix du mois zéro est aussi important que la formule : c’est en général le mois d’établissement du prix (la remise de l’offre), parfois le mois de signature. Un mois zéro mal identifié fausse toutes les variations du marché — vérifiez-le à la lecture du CCAP, pas au moment de la première situation.

4. Exemple chiffré, avec les valeurs 2026

Prenons un lot de 80 000 € HT dont le prix a été établi en janvier 2026 (BT0 = 134,7) et dont la situation à réviser porte sur des travaux de juin 2026 (BT = 138,3, dernier index publié). La variation brute de l’index est de +2,67 %.

Formule Calcul Montant révisé
Simple (100 % index) 80 000 × (138,3 ÷ 134,7) = 80 000 × 1,0267 82 138 € HT (+2 138 €)
Paramétrique 15/85 80 000 × (0,15 + 0,85 × 138,3 ÷ 134,7) = 80 000 × 1,0227 81 817 € HT (+1 817 €)
Écart entre les deux la partie fixe absorbe 15 % de la dérive 321 € sur un seul lot

Même mécanique pour une actualisation : prix établi en janvier 2026 (134,7), démarrage en juillet 2026 — plus de trois mois se sont écoulés, l’actualisation s’applique avec l’index de M − 3, soit avril 2026 (137,5) : coefficient 137,5 ÷ 134,7 = 1,0208, le prix ferme démarre à +2,08 %. Puis il ne bougera plus jusqu’à la réception.

5. Le piège du délai de parution : provisoire, puis définitif

L’index d’un mois donné paraît environ 75 jours plus tard — celui de juin 2026 a été publié au Journal officiel le 15 août 2026. Conséquence directe : au moment de facturer la situation de juin, l’index de juin n’existe pas encore.

La pratique, organisée par les CCAG, est le règlement en deux temps : la situation se révise provisoirement sur le dernier index connu, puis se régularise quand l’index définitif du mois concerné paraît. Deux disciplines en découlent : tracer, pour chaque situation, l’index utilisé et son statut (provisoire ou définitif) ; et ne jamais clore le décompte final sans avoir passé toutes les régularisations — c’est là que dorment les révisions oubliées, et elles ne se réclament pas éternellement.

6. En marché privé : pas de clause, pas de variation

En marché privé, aucune variation ne s’applique d’office : c’est la liberté contractuelle qui gouverne — ce que le devis et ses conditions prévoient s’applique, ce qu’ils taisent n’existe pas. Un devis signé sans clause de variation est un prix ferme, quelle que soit la dérive des coûts pendant le chantier.

La clause à écrire tient en quatre décisions : l’index (BT01 ou l’index de votre corps d’état), le mois de référence (celui de la date du devis), le mécanisme (actualisation au démarrage au-delà d’un délai, révision à chaque situation, ou les deux) et la formule (simple ou à partie fixe). Elle se loge dans le devis ou dans vos conditions générales — au même titre que les mentions de votre devis. Cas particulier fortement encadré : la construction de maison individuelle, où la révision sur le BT01 est organisée par le Code de la construction (art. L. 231-11), avec des options qui plafonnent la répercussion — hors de portée de la seule volonté des parties.

Ce que nous en pensonsUne révision se perd deux fois : quand la clause manque au contrat, et quand le calcul reste sur un coin de table au moment de facturer. Dans nos logiciels, chaque marché garde son découpage — postes, situations d’avancement, retenues — : la situation du mois se calcule sur l’avancement réel, la variation de prix s’y applique et s’y justifie noir sur blanc, index et coefficient à l’appui, et le décompte final récapitule ce qui a été actualisé, révisé et régularisé. C’est ce que permet le logiciel de devis et facturation bâtiment : la clause que vous avez négociée produit réellement ses euros, situation après situation.

7. Les 5 erreurs qui coûtent la révision

  • Confondre actualisation et révision — et réclamer l’une quand le contrat prévoit l’autre : le mécanisme dépend de la forme du prix, ferme ou révisable.
  • Se tromper de mois zéro : toutes les variations du marché se calculent depuis ce mois-là ; une erreur d’un ou deux mois se propage à chaque situation.
  • Oublier les régularisations : réviser au provisoire puis clore le décompte sans repasser les index définitifs, c’est abandonner la fin de la dérive.
  • Signer un devis privé sans clause de variation sur un chantier long : sans clause écrite, le prix est ferme — la hausse des coûts est pour vous.
  • Prendre le BT01 par réflexe quand l’index de votre corps d’état colle mieux à vos coûts : sur un marché long, l’écart entre deux index se chiffre en points.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’index BT01 ?
L’index national du bâtiment « tous corps d’état », publié chaque mois par l’Insee (base 100 = 2010) : il mesure l’évolution des coûts de production des entreprises de construction — salaires et charges en tête, matériaux, énergie, transport — et sert de référence aux clauses d’actualisation et de révision de prix.
Quelle est la valeur actuelle du BT01 ?
Le dernier index publié est celui de juin 2026 : 138,3 (Journal officiel du 15 août 2026). L’index paraît avec environ 75 jours de décalage — la valeur du mois en cours n’existe donc jamais au moment de facturer.
Quelle différence entre actualisation et révision de prix ?
L’actualisation remet un prix ferme au niveau du jour, une seule fois, avant le démarrage (index du 3e mois précédant le début des travaux) ; la révision fait évoluer un prix révisable périodiquement, en cours d’exécution, selon la formule du contrat.
Quelle est la formule de révision de prix ?
La formule simple : P = P0 × (BT ÷ BT0). La formule paramétrique fréquente en marché public : P = P0 × (0,15 + 0,85 × BT ÷ BT0), où 15 % du prix ne varie pas. BT0 est l’index du mois d’établissement du prix, BT celui de la période exécutée.
La révision de prix est-elle obligatoire en marché public ?
Elle l’est pour les marchés d’une durée d’exécution supérieure à trois mois qui nécessitent une part importante de fournitures — notamment de matières premières — dont le prix est directement affecté par les fluctuations des cours mondiaux (art. R. 2112-14 du Code de la commande publique).
Et en marché privé, sans clause de variation ?
Sans clause écrite au devis ou aux conditions générales, le prix est ferme : aucune variation ne s’applique d’office. La clause se négocie avant signature — index, mois de référence, mécanisme et formule.
L’index peut-il faire baisser le prix ?
Oui : les formules jouent dans les deux sens. Si l’index baisse entre le mois zéro et la période exécutée, le coefficient devient inférieur à 1 et la situation se révise à la baisse — c’est la contrepartie de la protection à la hausse.

Sources

  1. ANIL — indice BT01 — dernière valeur publiée (juin 2026 : 138,3, JO du 15 août 2026) et série depuis le passage en base 2010.
  2. Insee — série 001710986, index BT01 — publication mensuelle officielle.
  3. Code de la commande publique, art. R. 2112-13 à R. 2112-16 — prix fermes actualisables, révision obligatoire des marchés > 3 mois à forte part de matières premières, modalités des prix révisables. Code de la construction et de l’habitation, art. L. 231-11 (révision en CCMI).
À retenirTrois points à garder en tête
  1. 01Prix ferme ≠ prix figé : au-delà de 3 mois entre l’établissement du prix et le démarrage, l’actualisation s’applique — avec l’index de M − 3.
  2. 02La révision se calcule depuis le mois zéro, se facture au provisoire sur le dernier index connu, et se régularise à parution du définitif — jusqu’au décompte final.
  3. 03En privé, pas de clause écrite = pas de variation : index, mois de référence, mécanisme et formule se posent au devis, avant signature.
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Arthur Gueroult

Côté relation client chez WhySoft Group, Arthur est expert des logiciels WHY et de Zeendoc. Il connaît les questions des utilisateurs avant même qu'ils ne les posent — ses articles y répondent sans détour.