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MRP et calcul des besoins nets : la mécanique complète, sur un exemple chiffré
Le MRP — Material Requirements Planning, en français le calcul des besoins nets (CBN) — répond aux trois questions de toute production : de quoi avons-nous besoin, en quelle quantité, pour quand ? Inventé par Joseph Orlicky dans les années 1960, il est le cœur mathématique de toute GPAO. Les définitions abondent ; ce qui manque, c’est le calcul déroulé de bout en bout sur un cas concret — et la réponse honnête à la question qu’une PMI devrait poser avant tout : ai-je vraiment besoin d’un MRP, ou d’un point de commande bien réglé ? Ce guide fait les deux.
En 30 secondes
- La formule tient en une ligne : besoins nets = besoins bruts − stock disponible − réceptions attendues. Les besoins bruts viennent de l’« explosion » des nomenclatures sur le carnet de commandes ; le jalonnement décale ensuite chaque besoin des délais d’obtention.
- Trois données d’entrée, aucune dispensable : le programme de production (commandes + prévisions), les nomenclatures à jour, et l’état des stocks fiable. Le calcul est mécanique — sa justesse est exactement celle de ses entrées.
- Le MRP travaille en flux poussé (on calcule depuis la demande prévue), le kanban en flux tiré (on refabrique ce qui est consommé) : les deux se combinent — MRP pour les composants spécifiques, kanban ou point de commande pour les courants.
- Le seuil PMI : le MRP devient rentable quand les composants spécifiques, les nomenclatures à plusieurs niveaux et les délais longs dominent. En dessous, un point de commande bien réglé fait le travail sans la discipline de données qu’exige le MRP.
Sommaire du guide
Le MRP, c’est quoi — définition
Le MRP (Material Requirements Planning) est la méthode de calcul qui transforme un programme de production en besoins datés de composants et de matières. Son principe : partir de ce qu’il faut livrer (commandes fermes + prévisions), « exploser » les nomenclatures pour obtenir les besoins bruts en composants à chaque niveau, soustraire ce qui existe déjà (stock + commandes en cours) pour obtenir les besoins nets, puis décaler chaque besoin du délai d’obtention (jalonnement). En sortie : des propositions d’achat et des propositions d’ordres de fabrication, datées. En français de gestion : le calcul des besoins nets, ou CBN.
L’exemple chiffré, déroulé de bout en bout
Un atelier doit livrer 100 tables en semaine 40. La nomenclature d’une table : 1 plateau, 4 pieds, 1 kit de visserie. Le pied est lui-même fabriqué : 1 barre d’acier débitée donne 5 pieds. Stocks : 20 plateaux, 150 pieds, 60 kits, 10 barres. Une commande de 30 plateaux arrive en semaine 38. Délais : plateaux 3 semaines, barres 2 semaines, fabrication des pieds 1 semaine, montage 1 semaine.
- Explosion — besoins bruts (niveau 1) : 100 tables → 100 plateaux, 400 pieds, 100 kits.
- Besoins nets (niveau 1) : plateaux : 100 − 20 en stock − 30 attendus = 50 à acheter. Pieds : 400 − 150 = 250 à fabriquer. Kits : 100 − 60 = 40 à acheter.
- Explosion — niveau 2 : 250 pieds à fabriquer ÷ 5 pieds par barre = besoin brut de 50 barres ; net : 50 − 10 en stock = 40 barres à acheter.
- Jalonnement — tout se date à rebours de la semaine 40 : montage en S39 → les pieds doivent être fabriqués en S38 → les barres commandées en S36 (délai 2 sem.). Plateaux commandés au plus tard S36 (délai 3 sem.). Kits selon leur délai. Le calcul sort quatre lignes datées : acheter 50 plateaux S36 · acheter 40 barres S36 · OF 250 pieds S38 · acheter 40 kits.
C’est tout le MRP : une multiplication (les nomenclatures), une soustraction (l’existant), un rétro-planning (les délais). Ce qu’aucun tableur ne tient, c’est de le refaire chaque nuit, sur des centaines de références et plusieurs niveaux, en absorbant chaque commande, chaque réception et chaque rebut de la journée — c’est exactement le travail d’une gestion de production.
Les trois données d’entrée — et la règle qui en découle
- Le programme de production : commandes fermes + prévisions raisonnables, avec des dates vraies. Un carnet tenu à jour dans la gestion commerciale suffit à une PMI — le « Plan Directeur de Production » des manuels n’est que sa version formalisée.
- Les nomenclatures à jour, pertes comprises : le MRP multiplie — une nomenclature fausse produit des besoins faux, industriellement. C’est la raison du retour d’écart à chaque clôture d’OF.
- L’état des stocks fiable : la soustraction ne vaut que si le stock théorique dit vrai — mouvements saisis au fil de l’eau, inventaire tournant pour tenir la fiabilité.
Quand une PMI a vraiment besoin d’un MRP — et quand non
La réponse honnête que les éditeurs de MRP ne donnent pas : pas toujours. Comme posé dans notre guide de l’approvisionnement, deux mondes coexistent dans le même atelier. Les consommables courants (visserie, quincaillerie standard, fluides) vivent très bien sur point de commande ou kanban : consommation régulière, délais courts, le calcul n’apporte rien. Les composants spécifiques (liés à une nomenclature, à une affaire, à des délais longs) sont le territoire du MRP : c’est là que « commander au bon moment la bonne quantité » ne peut plus se deviner. Les signaux qui font basculer : nomenclatures à plusieurs niveaux, délais fournisseurs supérieurs au délai client, composants chers qu’on ne peut pas surstocker, et le tableur de calcul qui ne survit plus qu’à force d’héroïsme. Le bon système laisse les deux régimes cohabiter — calcul pour le spécifique, seuil pour le courant.
MRP2, ERP : ce que les évolutions ont ajouté
Le MRP originel calcule les matières en supposant la capacité infinie. Le MRP2 (Manufacturing Resource Planning, années 1980) ajoute la boucle capacité : les besoins calculés se confrontent aux heures machines et main-d’œuvre disponibles — c’est le plan de charge, traité dans notre guide de l’ordonnancement. L’ERP (années 1990) élargit à toute l’entreprise : le même référentiel porte ventes, achats, stocks, production, facturation. Pour une PMI, la traduction pratique est simple : le MRP n’est plus un logiciel à acheter, c’est un calcul que votre gestion intégrée doit savoir faire — branché nativement sur le carnet, les nomenclatures et les stocks qui y vivent déjà.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le MRP ?
Comment calcule-t-on les besoins nets ?
Quelle différence entre MRP et MRP2 ?
Quelle différence entre MRP et ERP ?
MRP ou kanban : lequel choisir ?
Une petite entreprise a-t-elle besoin d’un MRP ?
Sources de ce guide
- J. Orlicky, Material Requirements Planning — le texte fondateur du calcul des besoins (1975) et ses éditions successives.
- Littérature de gestion de production — MRP/MRP2, plan directeur et jalonnement (Vollmann, référentiels AFNOR).
- Pratique constatée auprès des PMI équipées par WhySoft Group depuis 2004.
- 01Besoins nets = besoins bruts − stock − réceptions attendues, puis jalonnement par les délais : une multiplication, une soustraction, un rétro-planning — refaits chaque nuit.
- 02Le calcul vaut ce que valent ses trois entrées : carnet à jour, nomenclatures vraies (pertes comprises), stocks fiables — dans cet ordre, avant de lancer le moteur.
- 03MRP pour les composants spécifiques, point de commande ou kanban pour les courants : les deux régimes cohabitent dans le même atelier.
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