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Mémoire en réclamation : l’arme de l’entreprise — et les règles qui la rendent recevable

Par Marie Havet · Publié le 23 août 2026 · 8 min de lecture

v1.0Création — 23 août 2026 · rôle, règles de recevabilité, structure type et chaîne des délais

Pénalités contestées, travaux supplémentaires impayés, décompte général qui ne reflète pas le chantier : en marché public, tout ce désaccord passe par un seul document — le mémoire en réclamation. C’est l’acte formel par lequel l’entreprise expose et chiffre ce qu’elle conteste ; c’est aussi un piège procédural redoutable, car un mémoire mal construit, non chiffré ou hors délai ferme définitivement la porte du juge. Ce guide pose ce qu’il est, quand il s’impose, les trois règles qui le rendent recevable, sa structure type — et la chaîne de délais dans laquelle il s’insère.

En 30 secondes

  • Le mémoire en réclamation est l’exposé écrit, motivé et chiffré du différend entre le titulaire et le maître d’ouvrage — prévu par le CCAG Travaux, il conditionne toute contestation ultérieure devant le juge administratif.
  • Trois règles de recevabilité : il est chiffré (chef de réclamation par chef de réclamation), motivé (les raisons juridiques et factuelles), et dans les délais — notamment lors de la contestation du décompte général.
  • La règle de concordance est impitoyable : devant le tribunal, l’entreprise ne peut soutenir que ce qui figurait au mémoire — mêmes causes, mêmes montants. Ce qu’on a oublié d’y mettre est perdu.
  • Il se prépare pendant le chantier, pas après : OS, réserves écrites, courriers datés et situations sont les pièces qui le rendent crédible — un mémoire sans pièces est un récit.
Sommaire du guide
  1. Définition
  2. Quand
  3. Recevabilité
  4. Structure
  5. Délais
  6. FAQ
1 actepour tout différend : pénalités, prix nouveaux, sujétions, décompte — tout passe par le mémoireCCAG Travaux, règlement des différends
30 jourspour renvoyer le décompte général signé, avec ou sans réserves — le point de départ classiquedélais à vérifier dans votre CCAP
Chiffréou irrecevable : chaque chef de réclamation porte son montant et sa justificationjurisprudence constante
Concordancedevant le juge, on ne plaide que ce que le mémoire contenait — causes et montantsla règle qui surprend

Le mémoire en réclamation, c’est quoi — définition

Le mémoire en réclamation est le document par lequel le titulaire d’un marché public expose, de manière motivée et chiffrée, le différend qui l’oppose au maître d’ouvrage — montants impayés, pénalités contestées, sujétions imprévues, désaccord sur le décompte. Prévu par le CCAG Travaux au titre du règlement des différends, il n’est pas un simple courrier de mécontentement : c’est un préalable obligatoire — sans mémoire régulier, pas d’accès au juge administratif.

Sa double nature explique son exigence : c’est à la fois une pièce de négociation — bien construit, il obtient souvent satisfaction sans procès — et le périmètre définitif du litige si la négociation échoue. Tout ce qui n’y figure pas, causes comme montants, sera irrecevable plus tard. On ne rédige donc jamais un mémoire « pour marquer le coup » : on le rédige comme si le juge devait le lire.

Quand le mémoire s’impose

  • La contestation du décompte général — le grand rendez-vous. À la notification du décompte général, le titulaire le renvoie signé, avec ou sans réserves, dans le délai du CCAG (trente jours en règle générale) ; les réserves doivent alors être développées dans un mémoire en réclamation. Un décompte signé sans réserve devient définitif — et avec lui les pénalités et les oublis.
  • Les pénalités de retard : leur contestation passe par le mémoire, chiffrage des causes légitimes de retard à l’appui (prolongations, intempéries, attentes imputables au maître d’ouvrage).
  • Les travaux supplémentaires et prix nouveaux : désaccord sur la valorisation d’un ordre de service, prestations demandées et non payées, sujétions techniques imprévues.
  • Tout différend d’exécution : ajournements indemnisables, allongements de délais, conditions de chantier bouleversées — dès qu’un désaccord chiffrable s’installe, le mémoire est la voie.

Les trois règles de recevabilité

  1. Chiffré, chef par chef. La jurisprudence est constante : un mémoire qui expose un désaccord sans le chiffrer précisément n’est pas un mémoire en réclamation. Chaque chef de réclamation — pénalités, plus-value, frais d’ajournement — porte son montant, son mode de calcul et ses justificatifs. « Préjudice à parfaire » ne protège rien.
  2. Motivé, en fait et en droit. Pour chaque chef : ce qui s’est passé (dates, OS, courriers), pourquoi c’est dû (la clause du marché, l’article du CCAG, le principe applicable), et le lien entre les deux. La motivation transforme une plainte en dossier.
  3. Dans les délais, au bon destinataire. Les délais du CCAG et du CCAP s’appliquent strictement — en particulier autour du décompte général — et le mémoire se transmet dans les formes prévues au marché (en pratique via le profil d’acheteur ou par envoi avec date certaine, au maître d’ouvrage avec copie au maître d’œuvre selon les stipulations). Un mémoire brillant transmis hors délai vaut zéro.
La règle de concordance — celle qui surprend le plusDevant le tribunal administratif, l’entreprise ne peut soulever que les chefs de réclamation figurant dans son mémoire, pour des montants qui ne peuvent excéder ceux qui y étaient chiffrés. Le mémoire n’est pas un brouillon qu’on améliorera au contentieux : c’est le plafond définitif de la demande. D’où la règle pratique — au doute, on inclut et on chiffre, quitte à abandonner plus tard.

La structure type, en cinq blocs

  • ① Identification : le marché (objet, montant, dates), les parties, les avenants et l’état d’avancement — le lecteur doit situer le chantier en une page.
  • ② Chronologie sourcée : le récit daté des faits, chaque affirmation adossée à une pièce — OS numérotés, courriers, comptes rendus, réserves écrites, constats. C’est ici que le suivi d’affaire tenu au fil de l’eau fait la différence.
  • ③ Chefs de réclamation : un par un — exposé des faits propres au chef, fondement juridique, calcul détaillé du montant, renvoi aux pièces. Jamais de montant global inexpliqué.
  • ④ Récapitulatif chiffré : le tableau de synthèse des chefs et le total réclamé, HT et TTC — le chiffre unique que la négociation discutera.
  • ⑤ Bordereau de pièces : numérotées, datées, citées dans le texte. Un mémoire se juge autant à son bordereau qu’à son argumentaire.

La chaîne des délais : où le mémoire s’insère

Autour du décompte général, la séquence type est la suivante — les délais précis étant ceux de votre CCAG et de votre CCAP : notification du décompte général → renvoi signé avec réserves dans le délai imparti (trente jours en règle générale) → mémoire en réclamation développant et chiffrant les réserves → décision du maître d’ouvrage dans le délai prévu, le silence valant rejet → puis, en cas de rejet, l’ouverture des voies de recours (règlement amiable — comité de règlement amiable, médiation — ou tribunal administratif, dans les délais de recours). Chaque maillon a son échéance ; en manquer un seul rend le précédent définitif.

Ce que nous en pensonsLe mémoire en réclamation ne se rédige pas : il se compile. Une entreprise dont chaque OS est enregistré à sa date, chaque réserve écrite au moment du fait, chaque cause de retard tracée dans le suivi d’affaire, produit son mémoire en quelques jours — chronologie, pièces et chiffrage tombent de l’outil. L’autre entreprise reconstitue des souvenirs six mois plus tard, sans dates certaines. La réclamation se gagne pendant le chantier ; le mémoire ne fait que la mettre en forme.

Glossaire

Mémoire en réclamation
Exposé écrit, motivé et chiffré du différend entre le titulaire et le maître d’ouvrage, préalable obligatoire à la saisine du juge administratif (CCAG Travaux).
Chef de réclamation
Chaque demande individualisée du mémoire — pénalités contestées, plus-value, frais d’ajournement — avec son fondement et son montant propre.
Règle de concordance
Principe selon lequel l’entreprise ne peut soutenir devant le juge que les chefs et montants figurant dans son mémoire en réclamation.
Décompte général
Document récapitulant l’ensemble des sommes du marché ; sa signature sans réserve le rend définitif.
Rejet implicite
Silence gardé par le maître d’ouvrage sur le mémoire au-delà du délai prévu, valant décision de rejet et ouvrant les voies de recours.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un mémoire en réclamation ?
Le document par lequel le titulaire d’un marché public expose de manière motivée et chiffrée le différend qui l’oppose au maître d’ouvrage — pénalités, travaux supplémentaires, décompte. Prévu par le CCAG Travaux, il est le préalable obligatoire à toute saisine du juge administratif.
Quand faut-il déposer un mémoire en réclamation ?
Dès qu’un différend chiffrable s’installe, et impérativement lors de la contestation du décompte général : le décompte se renvoie signé avec réserves dans le délai du CCAG (trente jours en règle générale), et les réserves se développent dans un mémoire. Un décompte signé sans réserve devient définitif.
Que doit contenir un mémoire en réclamation ?
Pour chaque chef de réclamation : l’exposé des faits daté et adossé aux pièces, le fondement juridique, et le montant précisément chiffré avec son mode de calcul. S’y ajoutent l’identification du marché, la chronologie générale, le récapitulatif chiffré et le bordereau de pièces.
Un mémoire non chiffré est-il recevable ?
Non : la jurisprudence exige un chiffrage précis, chef par chef. Un courrier qui exprime un désaccord sans montants justifiés n’a pas la valeur d’un mémoire en réclamation — et ne préserve donc pas l’accès au juge.
Peut-on ajouter des demandes après le mémoire ?
C’est tout l’enjeu de la règle de concordance : devant le tribunal, l’entreprise ne peut soutenir que les chefs figurant dans son mémoire, pour des montants n’excédant pas ceux qui y étaient chiffrés. Au doute, mieux vaut inclure et chiffrer un chef, quitte à l’abandonner ensuite.
Que se passe-t-il si le maître d’ouvrage ne répond pas ?
Le silence gardé au-delà du délai prévu par le CCAG vaut rejet implicite de la réclamation. Ce rejet — exprès ou implicite — ouvre les voies de recours : règlement amiable (comité, médiation) ou saisine du tribunal administratif, dans les délais de recours applicables.
Le mémoire en réclamation existe-t-il en marché privé ?
Le formalisme du mémoire est propre aux marchés publics et au CCAG. En privé, la contestation suit le contrat et le droit commun — mais la logique reste identique : réclamation écrite, motivée, chiffrée, appuyée sur des pièces datées, avant toute action judiciaire.

Sources de ce guide

  1. CCAG Travaux (arrêté du 30 mars 2021) — décompte général et règlement des différends (mémoire en réclamation) — Légifrance.
  2. Code de la commande publique — exécution et règlement des marchés publics de travaux — Légifrance.
  3. Jurisprudence administrative constante sur l’exigence de chiffrage et la règle de concordance (Conseil d’État).
  4. Fiches pratiques de la Direction des affaires juridiques (DAJ) — economie.gouv.fr.
À retenirTrois points à garder en tête
  1. 01Le mémoire est le préalable obligatoire au juge — et son plafond définitif : ce qui n’y est pas chiffré est perdu, causes et montants (règle de concordance).
  2. 02Trois conditions de recevabilité : chiffré chef par chef, motivé en fait et en droit, transmis dans les délais du CCAG — le rendez-vous critique étant le décompte général.
  3. 03Il se compile plus qu’il ne se rédige : OS, réserves et courriers tracés au fil du chantier dans le suivi d’affaire font 90 % du travail — le reste est de la mise en forme.
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Nathan Dubois

Gérant de WhySoft Group, éditeur français de logiciels de gestion pour les PME du BTP, de l'industrie et des services. Une conviction depuis 30 ans : un logiciel doit appartenir à ceux qui l'utilisent — et rester simple à vivre au quotidien.